L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2015

Chantal Brutel, cellule Statistiques et études sur l’immigration, Insee

En 2013, le solde migratoire de la France s’établit à + 100 000 personnes. Les départs vers l’étranger des personnes nées en France sont plus nombreux que leurs retours. Leur solde migratoire est ainsi négatif (- 116 000 personnes). À l’inverse, ce solde est positif pour les immigrés (+ 204 000), les arrivées étant supérieures aux départs.

De 2006 à 2011, le solde migratoire a diminué (+ 112 000 en 2006 et + 30 000 en 2011), puis s’est accru jusqu’en 2013. Entre 2013 et 2015, les arrivées continuent d’augmenter aussi bien pour les personnes nées en France que pour les immigrés.

Insee Focus
No 78
Paru le : Paru le 03/03/2017
Chantal Brutel, cellule Statistiques et études sur l’immigration, Insee
Insee Focus  No 78 - mars 2017

100 000 entrées de plus que de sorties en France en 2013

Au 1er janvier 2014, 66,1 millions de personnes vivent en France (figure 1). Hors Mayotte, entre début 2006 et début 2014, la population a augmenté de 2,7 millions de personnes. Le solde migratoire (encadré), de + 516 000 personnes sur l’ensemble de la période, contribue pour 19 % à cette hausse. En 2013, il s’élève à + 100 000 personnes : 338 000 sont arrivées en France et 238 000 en sont parties (figure 2).

Figure 1 - Composantes de l'évolution de la population et flux migratoires

en milliers
Figure 1 - Composantes de l'évolution de la population et flux migratoires (en milliers) -
Année Population au 1er janvier Évolution de la population au cours de l'année Solde naturel Solde migratoire évalué Entrées Sorties
2006 63 186 + 415 + 302 + 112 301 189
2007 63 601 + 361 + 287 + 74 294 220
2008 63 962 + 343 + 286 + 57 297 240
2009 64 305 + 308 + 276 + 32 297 265
2010 64 613 + 320 + 282 + 39 307 268
2011 64 933 + 308 + 278 + 30 320 290
2012 65 241 + 324 + 251 + 72 327 255
2013 65 565 + 342 + 242 + 100 338 238
2014 y c. Mayotte 66 127 + 327 (p) + 259 + 67 (p) 340 273 (p)
2015 y c. Mayotte 66 454 (p) + 272 (p) + 205 + 67 (p) 364 297 (p)
2016 y c. Mayotte 66 726 (p) + 265 (p) + 198 (p) + 67 (p)
2017 y c. Mayotte 66 991 (p)
  • (p) : résultats provisoires (cf. encadré).
  • … : données non disponibles.
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population, des flux d'entrée et de sortie et statistiques de l'état civil.

Figure 2 - Population, flux d'entrée et de sortie selon le lieu de naissance ou la nationalité

Figure 2 - Population, flux d'entrée et de sortie selon le lieu de naissance ou la nationalité ( ) -
Année Ensemble Nés à l'étranger Nés en France
nés français immigrés
Population (en milliers)
1er janvier 2006 63 186 1 768 5 137 56 280
1er janvier 2014 66 127 1 748 6 055 58 324
1er janvier 2016 (p) 66 726 1 737 6 290 58 698
Entrées
2006 301 000 30 000 193 000 78 000
2013 338 000 20 000 236 000 81 000
2015 364 000 21 000 253 000 89 000
Sorties
2006 189 000 22 000 29 000 138 000
2013 238 000 8 000 32 000 198 000
2015 (p) 297 000 10 000 79 000 207 000
Solde migratoire
2006 + 112 000 + 8 000 + 164 000 - 60 000
2013 + 100 000 + 12 000 + 204 000 - 116 000
2015 (p) + 67 000 + 11 000 + 174 000 - 118 000
  • (p) : résultats provisoires (cf. encadré).
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population, des flux d'entrée et de sortie.

Un quart des personnes arrivant en France en 2013 y sont nées

Au cours de l’année 2013, 338 000 personnes sont arrivées en France. Parmi elles, 236 000 sont immigrées, ce qui représente 70 % de l’ensemble des entrées (figure 3a). Les autres entrées correspondent à des retours de personnes qui sont nées en France (81 000 personnes, soit 24 %) et à l’arrivée de personnes nées françaises à l’étranger (20 000 personnes).

Figure 3a - Entrées par catégorie de population

en milliers
Figure 3a - Entrées par catégorie de population (en milliers) -
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015
Entrées totales 301 294 297 297 307 320 327 338 340 364
Entrées d'immigrés 193 192 195 195 211 217 230 236 234 253
Entrées de personnes nées en France 78 78 78 78 78 81 77 81 84 89
Entrées de personnes nées françaises à l'étranger 30 23 23 24 19 22 21 20 22 21
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population, des flux d'entrée et de sortie.

Figure 3a - Entrées par catégorie de population

  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population, des flux d'entrée et de sortie.

Figure 3b - Sorties par catégorie de population

en milliers
Figure 3b - Sorties par catégorie de population (en milliers) -
2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 (p) 2015 (p)
Sorties totales 189 224 240 265 268 290 255 238 273 297
Sorties d'immigrés 29 49 53 63 67 73 54 32 60 79
Sorties de personnes nées en France 138 164 177 199 193 205 192 198 202 207
Sorties de personnes nées françaises à l'étranger 22 11 10 3 8 12 9 8 11 10
  • (p) : résultats provisoires (cf. encadré).
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population, des flux d'entrée et de sortie.

Figure 3b - Sorties par catégorie de population

  • (p) : résultats provisoires (cf. encadré).
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population, des flux d'entrée et de sortie.

À l’inverse, 238 000 personnes ont quitté la France en 2013 (figure 3b). 32 000 immigrés sont retournés à l’étranger, soit 13 % des sorties du territoire. Il s’agit essentiellement d’étudiants étrangers quittant la France à la fin de leurs études, de départs à l’issue d’une période d’emploi de quelques années ou encore de retours au pays au moment de la retraite. 198 000 personnes nées en France ont quitté le territoire français. Elles représentent près de 83 % du nombre total de départs. Les retours à l’étranger de personnes nées françaises à l’étranger sont de faible ampleur (8 000 personnes).

Compte tenu de ces mobilités géographiques, les soldes migratoires des immigrés (+ 204 000 personnes en 2013) et des personnes nées françaises à l’étranger (+ 12 000) sont tous deux positifs, les entrées dépassant les départs (figure 4). À l’inverse, celui des personnes nées en France est négatif (- 116 000 personnes) ; il compense donc en partie les soldes migratoires positifs des immigrés et des personnes nées françaises à l’étranger, conduisant ainsi au solde migratoire de l’ensemble de la population (+ 100 000 personnes).

Figure 4 - Solde migratoire par catégorie de population

en milliers
Figure 4 - Solde migratoire par catégorie de population (en milliers) -
Population totale Immigrés Nés en France Nés français à l'étranger
2006 112 164 - 60 8
2007 74 139 - 92 27
2008 57 142 - 99 14
2009 32 132 - 121 21
2010 39 143 - 115 11
2011 30 144 - 124 10
2012 72 176 - 115 12
2013 100 204 - 116 12
2014 (p) 67 174 - 118 11
2015 (p) 67 174 - 118 11
  • (p) : résultats provisoires (cf. encadré).
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population.

Figure 4 - Solde migratoire par catégorie de population

  • (p) : résultats provisoires (cf. encadré).
  • Champ : France hors Mayotte jusqu'en 2013 et y compris Mayotte à partir de 2014.
  • Source : Insee, estimations de population.

Le solde migratoire augmente de 2011 à 2013 surtout du fait de la diminution des sorties

Entre 2006 et 2011, le solde migratoire a diminué de 82 000 personnes avant d’augmenter de 70 000 entre 2011 et 2013 (figure 4). La hausse récente s’explique en partie par l’augmentation des entrées (+ 18 000 entre 2011 et 2013) mais tient surtout au recul des sorties (- 52 000). La diminution de l’ensemble des sorties est principalement due à celle des immigrés (- 41 000). Entre 2011 et 2013, l’augmentation des entrées résulte de la hausse des arrivées d’immigrés (+ 19 000), les retours des personnes nées en France étant stables à 81 000. Entre 2013 et 2015, les entrées continuent d’augmenter (+ 26 000) : à la poursuite de la hausse des arrivées des immigrés (+ 17 000) s’ajoutent des retours plus importants de personnes nées en France (+ 8 000). Un quart des immigrés entrés en France en 2015 sont nés dans un des pays de l’Union européenne.

Encadré

L’estimation des soldes migratoires, des flux d’entrée et de sortie par catégorie de population

Pour l’ensemble de la population résidant en France, le recensement de la population permet de connaître les populations au 1er janvier de chaque année. Ses résultats sont aujourd’hui disponibles du 1er janvier 2006 au 1er janvier 2014. Par ailleurs, les données issues de l’état civil permettent de dénombrer les naissances et les décès survenus sur le territoire français.

Le solde migratoire est mesuré indirectement par différence entre l’évolution de la population mesurée lors de deux recensements successifs et le solde naturel de l’année déduit de l’état civil. Il est définitif pour les années 2006 à 2013. Le solde migratoire de 2014 est estimé conventionnellement par la moyenne des trois derniers soldes définitifs (+ 67 000). Il est reporté pour 2015. Pour 2015, ce solde est de + 174 000 pour les immigrés, - 118 000 pour les personnes nées en France et + 11 000 pour les personnes nées françaises à l’étranger. Ces estimations sont provisoires.

La décomposition du bilan démographique par catégorie de sous-population

La population totale peut se décomposer en trois sous-catégories : les personnes immigrées, c’est-à-dire nées étrangères à l’étranger, les personnes nées en France et les personnes nées françaises à l’étranger. Pour chacune de ces populations, on applique la méthode du bilan démographique global pour estimer leur solde migratoire.

Par ailleurs, les enquêtes annuelles de recensement permettent d’estimer le nombre d’entrées sur le territoire français, en utilisant les réponses aux questions sur l’année d’arrivée en France et le lieu de résidence antérieure. On en déduit alors le nombre de sorties comme différence entre le solde migratoire et ces entrées. Ces sorties intègrent les incertitudes du solde migratoire mais également celles liées à l’estimation des entrées. Les flux d’entrée sont disponibles jusqu’en 2015 ; leur estimation est définitive.

Sources

Le recensement de la population sert de base aux estimations annuelles de population, qu’il s’agisse de la population totale ou de la population selon le lieu de naissance ou la nationalité. Le recensement en fixe les niveaux de référence pour les années où il est disponible. Les personnes résidant sur le territoire pour une durée inférieure à douze mois ne sont pas comptabilisées dans le recensement de la population. C’est le cas en particulier des étudiants étrangers venant suivre une formation de moins d’un an sur le territoire français.

Les statistiques de l’état civil sur les naissances et les décès sont issues d’une exploitation des informations transmises par les mairies à l’Insee.

Définitions

Un immigré est une personne née de nationalité étrangère à l’étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l'étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées. Certains immigrés ont pu devenir français par acquisition de la nationalité, les autres restant étrangers.


Recensement de la population :

Le recensement de la population a pour objectifs le dénombrement des logements et de la population résidant en France et la connaissance de leurs principales caractéristiques : sexe, âge, activité, professions exercées, caractéristiques des ménages, taille et type de logement, modes de transport, déplacements quotidiens.

Institué en 1801, le recensement s'est déroulé tous les 5 ans jusqu'en 1936. De 1946 à 1999, les intervalles intercensitaires ont varié de 6 à 9 ans. Les informations recueillies intéressent les collectivités territoriales, les services de l'État mais aussi les entreprises, sociologues, urbanistes,...

Elles sont une aide pour définir :

  • au niveau national les politiques sociales et les infrastructures à mettre en place ;
  • au niveau local les politiques urbaines, de transport, de logement, d'équipements culturels et sportifs, les infrastructures scolaires et la mise en place de structures d'accueil pour les jeunes enfants et les personnes âgées.

Pour les acteurs privés, le recensement sert aux projets d'implantation d'entreprises ou de commerces et services.

La loi du 27 février 2002, relative à la démocratie de proximité, a modifié en profondeur les méthodes de recensement. Depuis janvier 2004, le comptage traditionnel est remplacé par des enquêtes de recensement annuelles.

Les communes de moins de 10 000 habitants continuent d'être recensées exhaustivement, comme lors des précédents recensements mais une fois tous les 5 ans au lieu de tous les 8 ou 9 ans.

Les communes de 10 000 habitants ou plus font désormais l'objet d'une enquête annuelle auprès d'un échantillon de 8 % de la population, dispersé sur l'ensemble de leur territoire. Au bout de 5 ans, tout le territoire de ces communes est pris en compte et les résultats du recensement sont calculés à partir de l'échantillon de 40 % de leur population ainsi constitué.

A la fin de l'année 2008, à l'issue des cinq premières enquêtes de recensement, l'Insee publie, pour la première fois selon la nouvelle méthode, la population légale de chaque commune, puis à partir de 2009, les résultats statistiques complets sur les habitants et leurs logements.

Remarque :

Jusqu'à la publication, fin 2008, du premier décret d'authentification des populations légales issues du recensement rénové, les populations authentifiées en 1999 (ou à la suite de recensements complémentaires) sont restées en vigueur.


État civil :

Depuis la Révolution, un cadre législatif régit l'enregistrement des naissances, mariages, décès, de même que les autres faits relatifs à l'état des personnes (divorces, reconnaissances, légitimations, adoptions). C'est sur cette base que s'est élaboré le recueil de données pour l'établissement des statistiques de l'état civil.

Tout événement relatif à l'état civil doit faire l'objet d'un acte dressé sur un registre spécial, selon des normes précises, par une personne chargée des fonctions d'officier de l'état civil. Chaque commune a un service de l'état civil. Le maire est officier de l'état civil de droit, mais peut déléguer ses fonctions à un adjoint, un conseiller municipal ou un agent communal. Tous les événements qui ont lieu dans la commune doivent être enregistrés. En outre, certains événements ayant eu lieu ailleurs ou ayant fait l'objet par ailleurs d'actes authentiques (ou de jugements) doivent aussi être transcrits (transcription de tout acte de décès ayant eu lieu ailleurs d'une personne domiciliée dans la commune, transcription d'un jugement d'adoption) ou mentionnés en marge d'actes dressés dans la commune (mention en marge des actes de naissance et de mariage des intéressés d'un jugement de divorce par exemple).

Les règles applicables (mode d'établissement des registres, de leur conservation, etc.) sont précisées dans des textes législatifs ou réglementaires.

L'organisation d'une mairie en termes de registres est laissée à son initiative. Les communes importantes ont en général plusieurs types de registres (selon les actes à inscrire, voire plusieurs registres de même type) et les communes plus petites ont un registre unique.

Remarque :

L'officier de l'état civil doit remplir un questionnaire dit « Bulletin statistique de l'état civil » chaque fois qu'il dresse un acte sur ses registres et, dans certains cas, lorsqu'il porte une mention en marge d'un acte déjà dressé. Le numéro attribué à chaque acte (en séquence du 1er janvier au 31 décembre de chaque année) est reporté sur le bulletin statistique, afin de s'assurer de la présence de tous les bulletins. Ces derniers portent le visa prévu par la loi du 7 juin 1951 entraînant l'obligation de répondre à toutes les questions, les réponses étant couvertes par le secret statistique. Les bulletins sont établis en un seul exemplaire et transmis ensuite à l'Insee.


Solde migratoire / Migrations / Mouvements migratoires :

Le solde migratoire est la différence entre le nombre de personnes qui sont entrées sur le territoire et le nombre de personnes qui en sont sorties au cours de l'année. Ce concept est indépendant de la nationalité.


Solde naturel / Accroissement naturel / Excédent naturel de population :

Le solde naturel (ou accroissement naturel ou excédent naturel de population) est la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d'une période. Les mots « excédent » ou « accroissement » sont justifiés par le fait qu'en général le nombre de naissances est supérieur à celui des décès. Mais l'inverse peut se produire, et le solde naturel est alors négatif.



Pour en savoir plus

Brutel C., « L’analyse des flux migratoires entre la France et l’étranger entre 2006 et 2013 - Un accroissement des mobilités », Insee Analyses n° 22, octobre 2015.

Brutel C., « Populations française, étrangère et immigrée en France depuis 2006 », Insee Focus n° 38, octobre 2015.

Bellamy V., Beaumel C., « Bilan démographique 2016 - À nouveau en baisse, la fécondité atteint 1,93 enfant par femme en 2016 », Insee Première n° 1630, janvier 2017.

Brutel C., « Les immigrés récemment arrivés en France - Une immigration de plus en plus européenne », Insee Première n° 1524, novembre 2014.

Brutel C., « Estimer les flux d’entrées sur le territoire à partir des enquêtes annuelles de recensement », Documents de travail n° F1403, mai 2014.