Dans les quartiers de la politique de la ville, deux fois plus de jeunes ont quitté l’école et sont sans diplôme

Sylvain Adaoust, Pascale Rouaud, Insee

Dans les grands pôles urbains de Provence-Alpes-Côte d'Azur, 23 % des jeunes de 18 à 24 ans habitant un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) ont quitté l’école et sont sans diplôme. Cette situation est deux fois moins fréquente en dehors de ces quartiers (10 %), y compris dans leur voisinage immédiat.

Dans les QPV des cinq plus grandes villes de la région, la part de jeunes concernés est toujours proche d’un quart, indépendamment du profil socio-économique de ces communes.

Les sortants précoces qui résident dans ces quartiers sont particulièrement exposés aux difficultés sur le marché du travail : moins d’un quart occupent un emploi.

Insee Analyses Provence-Alpes-Côte d'Azur
No 60
Paru le : 07/06/2018

Dans les QPV de Paca, près d’un jeune sur quatre est sortant précoce du système scolaire

En 2014, dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, 23 % des jeunes de 18 à 24 ans sont des sortants précoces du système scolaire. Ils ont quitté le système éducatif et n’ont pas de diplôme, ou au mieux le brevet des collèges (définitions), et se retrouvent de ce fait particulièrement exposés aux difficultés d’insertion professionnelle. Dans le voisinage immédiat de ces quartiers, les cas de sortie précoce sont beaucoup moins fréquents : la proportion se limite à 14 % au sein des territoires situés à moins de 100 mètres des QPV (figure 1). Ailleurs dans les grands pôles urbains, elle s’établit à 10 %, soit deux fois moins que la moyenne de ces quartiers.

Au sein des QPV, l’enjeu est d’autant plus important que la population y est particulièrement jeune (38 % des habitants ont moins de 25 ans contre 28 % en dehors). En 2014, sur les 39 800 sortants précoces des grands pôles de la région, 11 100 résident dans un QPV.

Dans ces quartiers, les jeunes sont moins souvent scolarisés : alors que 54 % des personnes de 18 à 24 ans vivant en dehors des QPV poursuivent des études en Paca, c’est le cas deseulement 45 % des résidents de ces quartiers. Par ailleurs, parmi ceux qui ont mis fin à leurs études, la part de non-diplômés (hors brevet des collèges) est nettement plus forte : 41 % d’entre eux sont dans ce cas, soit presque deux fois plus que la moyenne hors QPV (22 %).

Figure 1Grands pôles urbains : deux fois plus de sortants précoces dans les quartiers de la politique de la villeTaux de sortants précoces du système scolaire parmi les 18-24 ans, en %

Grands pôles urbains : deux fois plus de sortants précoces dans les quartiers de la politique de la ville
QPV (1)
Paca – QPV 23
France métropolitaine (hors Provence-Alpes-Côte d'Azur) – QPV 21
Territoires situés à moins de 100 m des QPV
Paca – Voisinage immédiat des QPV 14
France métropolitaine (hors Provence-Alpes-Côte d'Azur) – voisinage immédiat des QPV 11
Territoires situés entre 100 m et 300 m des QPV
Paca – Rayon de 100 à 300 m des QPV 12
France métropolitaine (hors Provence-Alpes-Côte d'Azur) – Rayon de 100 à 300 m des QPV 9
Autres territoires des grands pôles urbains
Paca – Reste grands pôles urbains 10
France métropolitaine (hors Provence-Alpes-Côte d'Azur) – Reste grands pôles urbains 8
  • (1) QPV des communes de plus de 10 000 habitants des grands pôles urbains (119 en Paca).
  • Source : Insee, recensement de la population 2014

Figure 1Grands pôles urbains : deux fois plus de sortants précoces dans les quartiers de la politique de la villeTaux de sortants précoces du système scolaire parmi les 18-24 ans, en %

  • (1) QPV des communes de plus de 10 000 habitants des grands pôles urbains (119 en Paca).
  • Source : Insee, recensement de la population 2014

Les femmes résidant en QPV sont davantage pénalisées

Dans les QPV de Paca, le taux de sortants précoces est plus élevé pour les hommes (25 %) que pour les femmes (20 %). En dehors de ces quartiers, les hommes sont également davantage concernés (respectivement 12 % et 8 %). Les femmes vivant dans les QPV sont cependant pénalisées dans de plus grandes proportions que leurs homologues masculins : pour elles, le risque de sortie précoce est multiplié par 2,5 par rapport aux résidentes hors QPV (2,1 pour les hommes).

La part de sortants précoces a reculé, dans les QPV comme ailleurs

Entre 2009 et 2014, le taux de sortants précoces a reculé d’un point, dans les QPV de Paca comme dans ceux des autres régions métropolitaines. En dehors de ces quartiers, la tendance est semblable (encadré 1).

En 2014, le phénomène reste légèrement plus fréquent au sein des QPV de Paca que dans les autres QPV : ailleurs en France métropolitaine, 21 % des jeunes résidents de ces quartiers sont sortants précoces.

D’une ville à l’autre, les taux de sortants précoces varient peu dans les QPV

Deux tiers des sortants précoces qui résident dans les QPV des grands pôles de Paca, soit 7 350 personnes, habitent une des cinq plus grandes villes de la région (Marseille, Nice, Toulon, Aix-en-Provence et Avignon). Dans les QPV de ces villes, la proportion de sortants précoces est toujours proche d’un jeune sur quatre (figures 2 et 3).

D’une ville à l’autre pourtant, la problématique des sorties précoces du système scolaire ne se pose pas avec la même acuité : en dehors des QPV, seulement 5 % des Aixois de 18 à 24 ans sont concernés. C’est presque deux fois moins que pour les Marseillais, les Niçois ou les Avignonnais (9 %). La proportion est plus élevée encore pour les Toulonnais : 12 %. Indépendamment du profil socio-économique de leur ville ou du voisinage immédiat de leur quartier, les jeunes habitants des QPV sont donc soumis dans les mêmes proportions au risque de quitter l’école très tôt et sans diplôme.

Figure 2Marseille : forte surreprésentation des sortants précoces dans les QPV

  • Lecture : dans la quasi-totalité des quartiers de la politique de la ville des arrondissements du nord de Marseille, la part de sortants précoces est plus élevée que la moyenne des pôles urbains régionaux (12 %) ; plus la couleur est foncée, plus l’écart au nombre « théorique » (correspondant à une part de sortants précoces conforme à la moyenne régionale) est grand.
  • Source : Insee, recensement de la population 2014 ; données carroyées (carreaux de 200 m de côté) et lissées

Figure 3QPV de Nice, Toulon, Aix-en-Provence et Avignon : un jeune sur quatre sortant précoce

  • Lecture : dans la quasi-totalité des quartiers de la politique de la ville de ces quatre villes, la part de sortants précoces est plus élevée que la moyenne des pôles urbains régionaux (12 %) ; plus la couleur est foncée, plus l’écart au nombre « théorique » (correspondant à une part de sortants précoces conforme à la moyenne régionale) est grand.
  • Source : Insee, recensement de la population 2014 ; données carroyées (carreaux de 200 m de côté) et lissées

À Marseille : le quartier « Centre-Ville - Canet - Arnavaux - Jean Jaurès » fait exception

Alors que dans 34 des 35 QPV de Marseille, le taux de sortants précoces s’élève à 23 % en moyenne, le QPV « Centre-Ville - Canet - Arnavaux - Jean Jaurès » présente un profil particulier : la proportion de jeunes concernés s’y limite à 15 %. Vaste quartier s’étendant sur une grande partie des 1er, 2e et 3e arrondissements, il concentre à lui seul près de la moitié des Marseillais âgés de 18 à 24 ans vivant dans des QPV. Les sites universitaires qui y sont implantés attirent de nombreux résidents étudiants (dans les cités universitaires notamment), ce qui contribue à accroître le nombre de personnes scolarisées, et donc à faire diminuer la proportion de sortants précoces.

Moins d’un quart des sortants précoces résidant dans un QPV occupent un emploi…

Les sortants précoces du système scolaire qui résident dans un QPV sont particulièrement en difficulté sur le marché du travail. Ainsi, seulement 24 % d’entre eux occupent un emploi contre 42 % des sortants précoces qui vivent en dehors d’un QPV (figure 4). Même titulaire d’un CAP ou d’un BEP, un jeune habitant dans un QPV accède moins souvent à l’emploi (38 %) qu’un sortant précoce vivant ailleurs. Ces écarts s’expliquent en partie par le profil et l’origine sociale des jeunes concernés. D’autres facteurs, liés aux caractéristiques des QPV eux-mêmes (comme la faible densité d’emplois offerts localement), agissent probablement aussi au détriment de l’insertion professionnelle des sortants précoces qui vivent dans ces quartiers.

Au sein des QPV comme ailleurs en Paca, le taux d’emploi des jeunes femmes sorties précocement du système éducatif (20 %) est inférieur à celui des hommes (26 %). En dehors des quartiers de la politique de la ville, 35 % des jeunes femmes sortantes précoces occupent un emploi (47 % pour les hommes).

Cibles pourtant prioritaires de ces dispositifs, les jeunes des QPV qui ont quitté l’école sans diplôme ne bénéficient pas plus souvent d’un emploi aidé (hors apprentissage) que ceux qui ont quitté l’école avec un diplôme : 1 % des sortants précoces sont en contrat aidé contre 2 % des titulaires d’un diplôme de niveau CAP-BEP. En dehors des QPV, la proportion est légèrement supérieure (environ 2 % pour les sortants précoces comme pour les diplômés d’un CAP-BEP).

Figure 4Moins d’un quart des sortants précoces habitant dans un QPV occupent un emploiPart en % parmi les 18-24 ans

Moins d’un quart des sortants précoces habitant dans un QPV occupent un emploi
Sortants précoces du système scolaire En emploi En recherche d’emploi Autre situation
QPV (1) 24 44 32
dont hommes 26 50 24
dont femmes 20 39 41
Autres territoires des grands pôles urbains 42 37 21
dont hommes 47 38 15
dont femmes 35 36 29
  • (1) 119 QPV des communes de plus de 10 000 habitants des grands pôles urbains en Paca.
  • Source : Insee, recensement de la population 2014

... et un tiers ne sont ni en emploi ni en recherche d’emploi

Au sein des QPV, un sortant précoce sur trois (32 %) n’est ni en emploi ni en recherche d’emploi. La proportion se limite à un sur cinq hors QPV (21 %). Dans les QPV comme ailleurs, cette situation, qui s’assimile le plus souvent à de l’inactivité, concerne principalement les femmes : 41 % des sortantes précoces sont dans ce cas contre 24 % des hommes.

Pour ces jeunes femmes, l’inactivité s’accompagne fréquemment d’une mise en ménage ainsi que d’une maternité : 45 % ne résident pas chez leurs parents et ont au moins un enfant (contre seulement 4 % pour les hommes). Chez les sortantes précoces résidant en dehors des QPV, l’inactivité est moins répandue (29 %).

Encadrés

Taux de sortants précoces chez les 18-24 ans dans les grands pôles urbains : Paca parmi les régions les plus concernées

En 2014, dans les grands pôles urbains de Paca, 12 % des personnes de 18 à 24 ans sont des sortants précoces du système scolaire. La part de jeunes se trouvant dans cette situation est supérieure de deux points à la moyenne nationale (10 %). En Paca comme ailleurs, le phénomène est plus répandu chez les hommes (14 %) que chez les femmes (10 %).

Deux régions sont davantage concernées que Paca : les Hauts-de-France et la Corse (respectivement 14 % et 13 % de sortants précoces). A contrario, la proportion de sortants précoces est nettement plus modérée dans les Pays de la Loire ou encore en Bretagne (respectivement 8 % et 6 %).

Les sortants précoces du système scolaire sont particulièrement exposés aux difficultés d’accès à l’emploi : en Paca, seulement 37 % des personnes âgées de 18 à 24 ans dans cette situation occupent un emploi, proportion conforme à la moyenne nationale (36 % en France métropolitaine). Le taux d’emploi des sortants précoces s’échelonne de 26 % dans les Hauts-de-France à 45 % en Corse (42 % en Île-de-France).

En Paca comme dans toutes les régions métropolitaines, la proportion de sortants précoces au sein de la tranche d’âge des 18-24 ans est en baisse : entre 2009 et 2014, elle a diminué d’un point.

Les dispositifs de lutte contre les sorties précoces du système scolaire

La réduction du nombre de jeunes qui quittent l’école de manière précoce (et sans diplôme) constitue un objectif prioritaire du programme « Éducation et formation 2020 » intégré à la stratégie « Europe 2020 ».

L’ambition est de limiter à 10 % la part des sortants précoces parmi les personnes de 18 à 24 ans à l’horizon 2020, en moyenne de l’ensemble des États membres. En France métropolitaine, l’objectif est fixé à 9,5 % à cette échéance.

Depuis 2010, dans le sillage de ces recommandations européennes, les mesures visant à mieux repérer et accompagner les jeunes exposés au risque de sortie précoce du système scolaire se sont intensifiées en France. La création en 2011 d’un « système interministériel d’échanges et d’information (SIEI) » a pour objet de faciliter la transmission de données relatives aux sortants précoces entre les acteurs concernés : éducation nationale, centres de formation d’apprentis, missions locales, centres d’information et d’orientation, etc. En 2013, un dispositif de recensement des places disponibles dans les différentes formations est élaboré, dans le but de proposer des solutions aux jeunes en passe de quitter l’école. Un an plus tard, celui-ci se prolonge par l’instauration d’un « droit au retour en formation ».

Dès la rentrée 2014, les établissements scolaires d’enseignement secondaire sont tenus de mettre en place des groupes de prévention pour améliorer le repérage et la prise en charge des jeunes exposés au risque de quitter l’école.

Sources

Les données de cette étude sont issues des recensements de la population 2009 et 2014.

La représentation des résultats à l’échelle infracommunale (figures 2 et 3 ) est faite à partir d’une méthode de carroyage/lissage. Le carroyage consiste à décomposer le territoire communal en carreaux (ici de 200 mètres de côté) et à sommer les individus résidant à l’intérieur de chacun d’eux. À partir de ces décomptes « bruts » par carreau, le lissage est un traitement statistique qui harmonise la donnée de chaque carreau en fonction des données des carreaux qui lui sont proches (prise en compte de l’environnement). L’objectif est de mettre en évidence les tendances spatiales, en rendant les cartes plus simples à lire et plus synthétiques.

Sauf mention contraire, les résultats portent sur les 119 QPV qui sont situés dans les communes de plus de 10 000 habitants des grands pôles urbains de Paca. Dans la région, seuls neuf QPV se situent dans d’autres territoires (128 au total).

Définitions

Dans cette étude, un sortant précoce du système scolaire est une personne âgée de 18 à 24 ans ayant déclaré, lors du recensement de la population, ne pas être titulaire d’un diplôme supérieur au BEPC, au brevet élémentaire, au brevet des collèges ou au DNB (diplôme national du brevet), et ne pas être inscrite dans un établissement d’enseignement pour l’année scolaire en cours.

Un grand pôle urbain est une unité urbaine de plus de 10 000 emplois. Une unité urbaine est une commune ou un ensemble de communes présentant une zone de bâti continu (pas de coupure de plus de 200 mètres entre deux constructions) qui compte au moins 2 000 habitants. Au nombre de 13 en Paca, les grands pôles urbains concentrent 80 % de la population régionale.

Champ

Avertissement : le champ de cette étude est circonscrit aux grands pôles urbains (définitions), à l’exclusion de tous les autres territoires. Au sein de ces grands pôles, les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont confrontés à des difficultés particulières : en Paca, le taux de pauvreté y est proche de 50 %. L’objet de la démarche est d’illustrer ces difficultés par la mesure des sorties précoces du système scolaire dans ces quartiers, relativement au reste des grands pôles.

Pour en savoir plus

Gaubert E., Henrard V., Robert A., Rouaud P., « Pas d’amélioration de l’insertion professionnelle pour les non diplômés », Céreq Bref n° 356, juin2017

Durieux S., « Marseille concentre la moitié de la population des quartiers de la politique de la ville de la région », Insee Analyses Provence-Alpes-Côte d’Azur n° 31, mai 2016

Lefresne F., « Réduire les sorties précoces, un objectif central du programme " Éducation et formation 2020 " », Insee Références « La France dans l’Union européenne » Édition 2014, avril 2014

Couppié T., « Insertion des jeunes issus de quartiers sensibles : les hommes doublement pénalisés », Céreq Bref n° 309, avril 2013