En Normandie, le vieillissement de la population pourrait entraîner une forte croissance des services à la personne

Camille Hurard, Bruno Mura (Insee Normandie), Christelle Bérard, Brigitte Keromnes (Direccte)

En Normandie, près de 200 000 ménages ont recours aux services à la personne en 2013, soit un taux de recours de 14,3 %. Ce taux est plus élevé que pour l’ensemble de la France de province (13,5 %). Le recours est d’autant plus important que les personnes sont âgées, seules et/ou avec des revenus élevés. Dans un contexte démographique régional de vieillissement de la population, le nombre de ménages utilisateurs devrait croître très fortement dans les années à venir. 40 000 ménages supplémentaires, potentiellement utilisateurs de ces services, seraient attendus d’ici 2030 et 80 000 d’ici 2050. À l’horizon 2023, compte tenu des départs probables à la retraite et pour satisfaire l’accroissement de la demande, les besoins en main-d’œuvre dans les services à la personne atteindraient 25 000 personnes.

Camille Hurard, Bruno Mura (Insee Normandie), Christelle Bérard, Brigitte Keromnes (Direccte)
Insee Analyses Normandie  No 54 - décembre 2018

Cette étude fait partie d'une série de publications sur les services à la personne en Normandie.

Le domaine des services à la personne (SAP), défini par la loi dite Borloo de 2005, rassemble des activités comme l’assistance aux personnes âgées ou handicapées, les travaux ménagers, de jardinage ou de bricolage, la garde d’enfants à domicile ou encore le soutien scolaire (champ). Ces services ont connu une croissance soutenue jusqu’en 2010, avant de légèrement reculer par la suite. Cependant, le vieillissement accéléré de la population en Normandie, les modifications des structures familiales, avec notamment la décohabitation, et la généralisation du travail des femmes sont autant de facteurs favorisant le recours à ces services.

La Normandie, 5ᵉ région métropolitaine pour le recours aux services à la personne

En 2013, près de 200 000 ménages en Normandie ont eu recours à des services à la personne, soit 14,3 % de l’ensemble des ménages (champ). Le nombre total de ménages utilisateurs est sans doute supérieur, certains ne déclarant pas leurs dépenses en services à la personne. Le taux de recours normand est supérieur à celui de la France métropolitaine hors Île-de-France (France de province), qui se situe à 13,5 %. Il place la Normandie dans la moyenne haute des régions métropolitaines (figure 1). Cependant, ces taux sont fortement influencés par la structure de la population. Ainsi, une région ayant une population plus âgée par exemple sera plus utilisatrice qu’une région plus jeune. Corrigé des effets de structure par âge et par mode de cohabitation, le taux de recours aux services à la personne s’établit à 13,9 % en Normandie contre 13,2 % en France de province et maintient la région au 5e rang des régions métropolitaines.

Figure 1Un recours plus fréquent aux services à la personne en NormandieTaux de recours (en %), brut et corrigé*, aux services à la personne par région en 2013

Un recours plus fréquent aux services à la personne en Normandie
Région Taux de recours brut Taux de recours corrigé*
Pays de la Loire 17,3 17,0
Bretagne 15,8 15,2
Nouvelle-Aquitaine 15,6 14,7
Centre-Val de Loire 14,6 13,8
Normandie 14,3 13,9
France de province 13,5 13,2
Île-de-France 13,4 15,0
Occitanie 13,3 12,9
Auvergne-Rhône-Alpes 13,2 13,1
Bourgogne-Franche-Comté 12,9 12,1
Grand Est 12,2 12,2
Hauts-de-France 11,9 12,1
Provence-Alpes-Côte-d’Azur 10,6 10,2
Corse 6,3 5,8
  • * corrigé des effets de structure par âge et mode de cohabitation
  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013

Figure 1Un recours plus fréquent aux services à la personne en NormandieTaux de recours (en %), brut et corrigé*, aux services à la personne par région en 2013

  • * corrigé des effets de structure par âge et mode de cohabitation
  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013

La demande de services à la personne plus élevée en Normandie quel que soit l’âge

Le recours aux services à la personne augmente avec l’âge de la personne de référence du ménage. En Normandie, le taux de recours des moins de 35 ans n’est que de 2,7 %, quand il atteint 44,1 % chez les 80 ans ou plus. Quel que soit l’âge, les taux de recours sont systématiquement plus élevés en Normandie qu’en France de province. L’écart est particulièrement marqué chez les 80 ans ou plus (+ 3,3 points), malgré un niveau de vie légèrement plus faible en Normandie. La part de ces Normands très âgés parmi les ménages utilisateurs dépasse 30 % alors qu’ils ne représentent que 10 % des ménages fiscaux. L’âge est la caractéristique qui influence le plus le recours aux services à la personne.

Un recours encore plus important parmi les ménages aisés

Après l’âge, le niveau de vie est le facteur le plus déterminant dans le recours aux services à la personne. Et, de même que pour l’âge, le taux de recours augmente avec le niveau de vie des ménages (figure 2). Il est de seulement 3,3 % pour les 10 % de ménages ayant les revenus les plus faibles (1er décile) contre 44,0 % pour les 10 % les plus aisés (10e décile). En Normandie, quel que soit le niveau de vie, le taux de recours est plus élevé qu’en France de province. C’est également vrai pour les quatre autres régions (Pays de la Loire, Bretagne, Nouvelle-Aquitaine et Centre-Val de Loire) dont le taux de recours global est supérieur à celui de la France de province. L’écart avec la France de province est particulièrement important pour les ménages les plus aisés (+ 5 points). Ces derniers représentent plus du quart des ménages utilisateurs. Parmi eux, le taux de recours des 80 ans ou plus est très important (74 %). Même parmi les moins aisés, le taux de recours reste important pour les 80 ans ou plus (25 %), alors qu’il est relativement faible aux âges inférieurs (moins de 8 %).

Le taux de recours des personnes vivant seules (figure 3) est plus important que celui des personnes entourées (couple, famille monoparentale, ménage complexe). Il est de 17 % pour les personnes seules contre 8 % pour les familles monoparentales, par exemple. Il est aussi plus important en Normandie qu’en France de province (+ 2 points).

Cependant, il ne suffit pas de vivre seul pour faire plus appel aux services à la personne. Ce critère est souvent couplé à l’âge pour influer sur la demande en services. Les personnes seules de 80 ans ou plus sont celles qui les utilisent le plus (47 %), tandis que celles de moins de 35 ans n’y recourent quasiment pas (1 %). Les femmes vivant seules ont des taux de recours élevés (22 %), en lien avec la forte part de personnes âgées parmi elles. En effet, les ménages dont la personne de référence a 80 ans ou plus sont constitués pour moitié de femmes seules. En revanche, chez les personnes en couple, la demande de services selon l’âge est un peu plus homogène, même si les 80 ans ou plus dominent encore largement (40 %). Parmi les moins de 65 ans, les ménages en couple sont ceux dont les taux de recours sont les plus élevés, plus spécifiquement ceux ayant au moins un enfant. Ainsi, le taux de recours des couples de 35-49 ans avec un enfant est de 9 % contre 6 % chez ceux sans enfant. Leur taux de recours progresse jusqu’au troisième enfant (17 %) puis diminue légèrement à partir de quatre enfants ou plus (13 %).

Au sein des ménages, les femmes seules n’ont les taux de recours les plus élevés que jusqu’au 6e décile de niveau de vie. Au-delà, les couples avec plus de trois enfants sont les plus grands utilisateurs. La présence d’enfant(s) et des revenus plus élevés favorisent donc le recours aux services à la personne.

Figure 2Quel que soit le niveau de vie, un recours plus important en NormandieTaux de recours brut par décile de niveau de vie en 2013 (%)

Quel que soit le niveau de vie, un recours plus important en Normandie - Note de lecture : En Normandie, parmi les 10 % de ménages ayant le niveau de vie le plus élevé (10ᵉ décile), 44 % d’entre eux ont recours aux services à la personne.
Décile Normandie France de province
inférieur au 1er décile 1ᵉʳ 3,3 3,1
entre le 1ᵉʳ et le 2ᵉ décile 2ᵉ 6,9 6,4
entre le 2ᵉ et le 3ᵉ décile 3ᵉ 8,7 8,1
entre le 3ᵉ et le 4ᵉ décile 4ᵉ 9,4 8,8
entre le 4ᵉ et le 5ᵉ décile 5ᵉ 10,1 9,5
entre le 5ᵉ et le 6ᵉ décile 6ᵉ 11,0 10,6
entre le 6ᵉ et le 7ᵉ décile 7ᵉ 13,0 12,5
entre le 7ᵉ et le 8ᵉ décile 8ᵉ 16,3 15,3
entre le 8ᵉ et le 9ᵉ décile 9ᵉ 23,8 22,0
supérieur au 9ᵉ décile 10ᵉ 44,0 38,9
  • Note de lecture : En Normandie, parmi les 10 % de ménages ayant le niveau de vie le plus élevé (10ᵉ décile), 44 % d’entre eux ont recours aux services à la personne.
  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013

Figure 2Quel que soit le niveau de vie, un recours plus important en NormandieTaux de recours brut par décile de niveau de vie en 2013 (%)

  • Note de lecture : En Normandie, parmi les 10 % de ménages ayant le niveau de vie le plus élevé (10ᵉ décile), 44 % d’entre eux ont recours aux services à la personne.
  • Source : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013

Figure 3Deux fois plus de ménages utilisateurs de 80 ans ou plus à l’horizon 2050Taux de recours brut en 2013 et évolution du nombre de ménages et ménages utilisateurs de services à la personne

Deux fois plus de ménages utilisateurs de 80 ans ou plus à l’horizon 2050 - Note de lecture : À l’horizon 2030, alors que le nombre de ménages fiscaux progresse en Normandie de 13 % par rapport à 2013, celui des ménages utilisateurs augmente de 21 %. Le taux de recours des ménages aux services à la personne passe ainsi de 14,3 % en 2013 à 15,3 % en 2030.
Taux de recours en 2013 (en %) Ménages utilisateurs Évolutions et taux de recours (en %)
Normandie 2030 2050
Normandie France de province 2013 2030 2050 Ménages utilisateurs Ménages fiscaux Taux de recours Ménages utilisateurs Ménages fiscaux Taux de recours
Ensemble 14,3 13,5 198 800 239 900 279 500 + 21 + 13 15,3 + 41 + 17 17,1
dont (en %) :
personnes seules 16,9 14,9 38 44 47 + 35 + 32 17,2 + 74 + 49 19,7
personne de référence âgée de 80 ans ou plus 44,1 40,8 32 36 47 + 36 + 37 43,9 + 108 + 109 43,9
ayant un niveau de vie supérieur au 9e décile 44,0 38,9 27
  • Note de lecture : À l’horizon 2030, alors que le nombre de ménages fiscaux progresse en Normandie de 13 % par rapport à 2013, celui des ménages utilisateurs augmente de 21 %. Le taux de recours des ménages aux services à la personne passe ainsi de 14,3 % en 2013 à 15,3 % en 2030.
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013 – Omphale 2013 (EP29)

Une demande forte dans la Manche, le Calvados et l’Orne

Dans quatre des cinq départements normands, le recours aux services à la personne est plus élevé qu’en France de province. La Manche se démarque fortement avec un taux de 16,9 %, ce qui place le département au 8e rang des 96 départements métropolitains. Les taux de recours sont également élevés dans l’Orne et le Calvados (respectivement 15,2 % et 14,9 %). En Seine-Maritime, le recours est équivalent à celui de la France de province (13,6 % contre 13,5 %). Enfin, dans l’Eure, le taux de recours est faible (12,1 %). Ce département se situe au 67e rang des départements de métropole.

Quel que soit l’âge, le mode de cohabitation, la composition de la famille, le niveau de vie, la Manche se distingue par les taux de recours normands les plus importants. Les personnes seules, et en particulier les femmes, y contribuent fortement avec des taux de recours de respectivement 20 % et 26 % contre 17 % et 22 % en Normandie. C’est aussi le cas des 30 % de ménages les plus aisés : près de cinq points d’écarts avec la Normandie. Les taux de recours par âge y sont également parmi les plus élevés, excepté pour les 80 ans ou plus pour lesquels le taux de recours rejoint la moyenne régionale, très haute. Le Calvados se démarque également par des taux de recours forts chez les 80 ans ou plus (45 %) et les couples, notamment ceux ayant trois enfants ou plus. En revanche, dans l’Orne, malgré sa deuxième place parmi les départements normands pour le taux de recours, les ménages avec enfants utilisent moins les services à la personne que dans l’ensemble de la Normandie. Les couples ornais avec deux enfants ont un taux de recours de 12 % contre 14 % au niveau régional. Seuls les couples avec enfants(s) de l’Eure ont des taux de recours encore plus faibles. Ainsi, le taux n’est que de 12 % pour les ménages eurois en couple avec trois enfants contre 15 % dans l’Orne. De façon plus générale, les taux de recours des ménages sont souvent plus faibles dans l’Eure que dans les autres départements normands.

40 000 ménages utilisateurs supplémentaires à l’horizon 2030

Dans un contexte global de vieillissement de la population, en particulier en Normandie, l’un des enjeux majeurs est d’estimer l’évolution de la demande de services à la personne. D’ici 2030, si les tendances se poursuivent (pas de modification des comportements et poursuite des tendances démographiques actuelles), le nombre de ménages potentiellement utilisateurs devrait croître presque deux fois plus vite que celui de l’ensemble des ménages fiscaux (+ 21 % contre + 13 %), soit environ 40 000 ménages utilisateurs supplémentaires en Normandie (figure 3). À l’horizon 2050, la croissance atteindrait 41 %, soit près de 80 000 ménages utilisateurs de plus qu’en 2013, tandis que le nombre total de ménages ne progresserait lui que de 17 %. Au final, le taux de recours normand de 14 % en 2013 atteindrait 15 % en 2030, puis 17 % en 2050. L’écart avec la France de province se creuserait (de 0,8 point en 2013 à 1,4 en 2050) du fait, principalement, d’un vieillissement de la population plus marqué dans la région.

L’Eure, seul département normand ayant une évolution plus forte que la France de province

Bien que l’écart de taux de recours se creuse entre la Normandie et la France de province, le nombre de ménages utilisateurs évoluerait moins vite qu’en France de province (+ 41 % contre + 47 % à l’horizon 2050), ralenti par une croissance démographique atone en Normandie (figure 4). Parmi les cinq départements normands, seul celui de l’Eure progresserait plus rapidement que la France de province (+ 60  % d’ici 2050), sous l’effet d’une hausse potentielle de personnes âgées plus importante que dans les autres départements. Le taux de recours y atteindrait 15,4 % en 2050, ce qui le rapprocherait de celui de la France de province (15,7 %). À l’opposé, l’augmentation ne serait que de 25 % dans l’Orne, qui resterait cependant le deuxième département normand en termes de taux de recours (18,4 %), derrière la Manche (20,2 %).

Figure 4Une croissance des ménages utilisateurs moins rapide en Normandie qu’en France de provinceÉvolution du nombre de ménages utilisateurs dans les départements normands – base 100 en 2013

Une croissance des ménages utilisateurs moins rapide en Normandie qu’en France de province
Année Eure France de province Normandie Calvados Manche Seine-Maritime Orne
2013 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
2014 102,0 101,7 102,2 101,8 101,8 103,2 100,5
2015 103,7 102,9 103,3 103,0 102,9 104,1 101,3
2016 105,3 104,1 104,5 104,3 104,1 105,0 102,2
2017 106,9 105,3 105,6 105,4 105,2 106,0 102,9
2018 108,4 106,4 106,7 106,5 106,2 107,0 103,6
2019 109,9 107,5 107,6 107,5 107,1 107,8 103,9
2020 111,3 108,5 108,5 108,4 107,9 108,6 104,4
2021 112,6 109,5 109,2 109,2 108,6 109,3 104,6
2022 113,8 110,3 109,9 109,9 109,1 109,8 104,8
2023 115,1 111,4 110,7 110,8 109,7 110,6 105,1
2024 116,7 112,5 111,6 111,7 110,5 111,4 105,6
2025 118,3 113,7 112,6 112,6 111,4 112,4 106,1
2026 119,9 114,9 113,6 113,6 112,3 113,3 106,7
2027 122,1 116,7 115,3 115,3 113,7 114,9 108,1
2028 124,5 118,6 117,1 117,0 115,3 116,6 109,5
2029 126,9 120,5 118,9 118,8 117,0 118,4 111,1
2030 129,3 122,4 120,7 120,6 118,6 120,0 112,7
2031 131,7 124,3 122,5 122,4 120,3 121,6 114,2
2032 134,0 126,1 124,1 124,1 121,8 123,1 115,5
2033 136,2 127,7 125,7 125,6 123,3 124,7 116,8
2034 138,2 129,3 127,2 127,1 124,7 126,0 118,0
2035 140,1 130,8 128,6 128,4 126,1 127,3 119,0
2036 142,1 132,3 130,0 129,7 127,4 128,7 120,0
2037 143,8 133,8 131,3 130,9 128,8 129,9 120,8
2038 145,5 135,1 132,5 132,0 130,0 131,0 121,6
2039 147,1 136,4 133,5 132,9 131,1 131,9 122,2
2040 148,6 137,5 134,5 133,8 132,2 132,8 122,8
2041 149,8 138,6 135,3 134,5 133,1 133,5 123,2
2042 151,0 139,5 136,0 135,1 134,0 134,1 123,5
2043 152,2 140,5 136,6 135,5 134,7 134,6 123,8
2044 153,2 141,4 137,2 136,0 135,3 135,2 124,0
2045 154,4 142,5 137,8 136,5 136,0 135,7 124,4
2046 155,6 143,5 138,5 137,0 136,7 136,2 124,7
2047 156,8 144,5 139,0 137,5 137,3 136,6 125,0
2048 157,9 145,4 139,5 137,9 137,8 137,0 125,1
2049 158,9 146,3 140,0 138,3 138,2 137,4 125,3
2050 160,0 147,2 140,6 138,8 138,6 137,9 125,5
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013 – Omphale 2013 (EP29)

Figure 4Une croissance des ménages utilisateurs moins rapide en Normandie qu’en France de provinceÉvolution du nombre de ménages utilisateurs dans les départements normands – base 100 en 2013

  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013 – Omphale 2013 (EP29)

En 2030, les deux tiers de la demande émaneraient des ménages de 65 ans ou plus

Le recours aux services dépendant fortement de l’âge des utilisateurs, seule la demande de services à la personne liée aux ménages de 65 ans ou plus augmenterait (figure 5) dans les années à venir. Celle des moins de 65 ans baisserait, de 15 % environ d’ici 2050 quelle que soit la tranche d’âge.

Jusqu’en 2027, la hausse du nombre de ménages utilisateurs proviendrait principalement des ménages ayant entre 65 et 79 ans (+ 44 % contre + 22 % pour les 80 ans ou plus). Au final, les 65 ans ou plus représenteraient les deux tiers des ménages utilisateurs à l’horizon 2030. Dès 2027, la croissance serait portée par les 80 ans ou plus. Entre 2027 et 2050, leur nombre progresserait de 77 % tandis que celui des 65-79 ans stagnerait. Ainsi, les 80 ans ou plus représenteraient près de la moitié des ménages utilisateurs à l’horizon 2050.

Cette hausse des ménages utilisateurs devrait engendrer un accroissement des besoins en services à la personne, besoins qui peuvent s’exprimer en volumes d’heures de travail pour les salariés du secteur. Selon l’âge, un ménage n’utilise pas le même nombre d’heures de services. En particulier les personnes âgées de 80 ans ou plus consomment un volume d’heures nettement plus conséquent. Sous l’hypothèse que le comportement des ménages utilisateurs ne change pas sur la période 2013-2050, c’est-à-dire que le volume d’heures utilisé selon les caractéristiques du ménage ne varie pas, le volume global d’heures nécessaires pour répondre à l’évolution de la demande passerait de 32 millions en 2013 à plus de 39 millions en 2030. À l’horizon 2050, il dépasserait les 48 millions, soit une augmentation de 50 % entre 2013 et 2050. Le nombre d’heures dédiées aux personnes âgées de 80 ans ou plus doublerait même sur cette période (+ 115 %).

Figure 5Le nombre de ménages utilisateurs de 80 ans ou plus doublerait d’ici 2050Évolution du nombre de ménages utilisateurs par tranche d’âge en Normandie de 2013 à 2050

Le nombre de ménages utilisateurs de 80 ans ou plus doublerait d’ici 2050
Année 80 ans ou plus 65 – 79 ans 50 – 64 ans 35 – 49 ans moins de 35 ans Total
2013 60 762 50 502 45 449 36 905 7 369 200 986
2014 61 914 52 112 45 393 36 434 7 333 203 187
2015 63 085 53 814 45 272 35 973 7 290 205 433
2016 64 304 55 548 45 133 35 537 7 238 207 761
2017 65 415 57 127 45 037 35 254 7 157 209 990
2018 66 234 58 855 44 815 35 058 7 074 212 036
2019 66 967 60 518 44 680 34 710 7 035 213 910
2020 67 607 62 177 44 598 34 326 7 002 215 710
2021 67 609 64 159 44 507 33 961 6 961 217 197
2022 67 368 66 142 44 506 33 547 6 932 218 495
2023 67 642 67 899 44 549 33 082 6 911 220 083
2024 68 404 69 426 44 502 32 710 6 895 221 936
2025 69 355 71 023 44 228 32 423 6 896 223 926
2026 70 441 72 463 43 827 32 309 6 894 225 933
2027 73 942 72 801 43 368 32 211 6 907 229 229
2028 77 868 72 860 43 015 32 084 6 919 232 747
2029 81 981 73 016 42 548 31 882 6 963 236 391
2030 85 869 73 232 42 118 31 678 6 999 239 897
2031 89 832 73 326 41 899 31 376 7 021 243 453
2032 93 298 73 540 41 706 31 121 7 034 246 698
2033 96 852 73 545 41 605 30 867 7 046 249 915
2034 99 969 73 726 41 325 30 779 7 042 252 840
2035 102 942 73 957 41 005 30 708 7 031 255 643
2036 105 849 74 189 40 696 30 695 6 989 258 417
2037 108 436 74 550 40 322 30 684 6 953 260 947
2038 110 869 74 984 39 885 30 671 6 919 263 329
2039 113 022 75 274 39 551 30 638 6 893 265 378
2040 115 356 75 159 39 316 30 668 6 853 267 353
2041 117 369 74 810 39 274 30 707 6 804 268 964
2042 119 226 74 360 39 248 30 820 6 739 270 393
2043 120 715 74 055 39 173 30 922 6 677 271 543
2044 122 428 73 570 39 007 31 134 6 609 272 748
2045 124 177 73 130 38 836 31 316 6 541 273 999
2046 125 765 73 059 38 540 31 453 6 471 275 289
2047 127 172 73 011 38 306 31 537 6 409 276 436
2048 128 306 73 106 38 066 31 581 6 358 277 417
2049 129 590 72 892 38 028 31 578 6 310 278 397
2050 131 011 72 648 37 998 31 565 6 262 279 485
  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013 – Omphale 2013 (EP29)

Figure 5Le nombre de ménages utilisateurs de 80 ans ou plus doublerait d’ici 2050Évolution du nombre de ménages utilisateurs par tranche d’âge en Normandie de 2013 à 2050

  • Sources : Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013 – Omphale 2013 (EP29)

Encadré

Des besoins en main-d’œuvre qui pourraient atteindre 25 000 salariés d’ici 2023

Comme pour les autres secteurs d’activités, les besoins en recrutement du secteur des services à la personne sont liés, d’une part, à l’évolution de la demande et, d’autre part, aux futurs départs en retraite des salariés.

Le nombre de ménages utilisateurs de services à la personne augmenterait dans les années à venir. Cette évolution induirait un besoin de près de 6 000 salariés d’ici 2023. Outre ces besoins liés à l’évolution de la demande, le secteur doit aussi faire face à de probables et nombreux départs à la retraite. En effet, près de 19 000 salariés (soit près de 30 % des salariés du secteur) sont âgés de 55 ans ou plus en 2013 et ne devraient plus exercer leur activité à l’horizon 2023.

Au final, d’ici 2023, les besoins en recrutement pourraient atteindre 25 000 salariés (figure 6).

Figure 619 000 départs à la retraite probables d’ici 2023Estimation du besoin en nombre de salariés d’ici 2023

19 000 départs à la retraite probables d’ici 2023
Nombre de salariés Nombre de salariés estimé Évolution en nombre Évolution en % Départs en retraite Besoins en salariés
2013 2023 2013-2023 (A) 2013-2023 Horizon 2023 (B) Horizon 2023 (A) + (B)
Calvados 13 238 14 600 1 400 10 4 100 5 500
Eure 9 165 10 500 1 400 15 3 100 4 500
Manche 10 891 11 900 1 000 9 3 200 4 200
Orne 5 153 5 400 300 5 1 600 1 900
Seine-Maritime 22 780 24 700 2 000 8 6 700 8 600
Normandie 61 227 67 200 5 900 10 18 700 24 700
  • NB : Pour les estimations, les chiffres sont arrondis à la centaine et les pourcentages à l’unité
  • Sources : DGE, Nova - Insee, DADS-GF, PEA 2013 - DGE, Nova, TSA 2013 - Acoss 2016 - Insee, Omphale (EP29), Insee-DGFIP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Fichier localisé social et fiscal 2013

Éléments de méthode :

Le temps de travail moyen d’un salarié du secteur, dans ses activités strictement liées aux services à la personne, ainsi que les comportements de recours à ces services par les ménages utilisateurs en 2013 sont considérés comme maintenus sur la période. La part d’activité liée aux personnes âgées dans les activités de services à la personne est évaluée pour 2013. Les évolutions du nombre de ménages utilisateurs (80 ans ou plus d’une part et autres ménages d’autre part) sont appliquées aux volumes horaires de services à la personne dédiés à ces deux publics en 2013. Le volume global d’heures estimées est ensuite converti en nombre de salariés.

Sources

La source fiscale Filosofi (Fichier Localisé Social et Fiscal) est issue de l’exploitation des données fiscales exhaustives issues de la DGFiP et des données sur les prestations sociales (Cnaf, Cnav et CCMSA). La source fiscale utilisée ne permet de dénombrer que les ménages ayant déclaré des dépenses de services à domicile. En conséquence, sont écartés les ménages dont la prise en charge de ces services est couverte entièrement par les aides, ceux ayant omis de déclarer ces dépenses et ceux employant des personnes de manière non déclarée.

Définitions

Un ménage fiscal est un ménage ordinaire regroupant les foyers fiscaux d’un même logement. Le référent fiscal est celui qui paye la taxe d’habitation au sein du ménage fiscal. Il ne s’agit pas obligatoirement du bénéficiaire des services.

L’outil Omphale projette la population par sexe et âge détaillé d’un ensemble de territoires de 2013 à 2050. Ces projections de population permettent de réaliser des projections de ménages et de ménages utilisateurs de services à la personne.

Les taux de recours par âge et mode de cohabitation sont calculés au niveau national. Ces différents taux sont ensuite appliqués aux populations de chacun des départements. Cette méthode permet de raisonner « toute chose égale par ailleurs » sur des taux de recours corrigés qui écartent les effets de structure liés à l’âge et au mode de cohabitation.

Le niveau de vie est le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation. Les unités de consommation (UC) sont calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée, qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans. Le niveau de vie est donc le même pour toutes les personnes d’un même ménage.




Champ

La liste des 24 activités de services à la personne en vigueur en 2013 est définie par le décret n°2011-1133 du 20 septembre 2011. Elles concernent des prestations réalisées au domicile des particuliers comme l’aide à domicile aux personnes âgées ou handicapées, la garde d’enfants à domicile, les travaux ménagers, le soutien scolaire, etc.

Pour en savoir plus

Hurard C., Mura B., Bérard C., Keromnes B., Une analyse du recours aux services à la personne par les ménages dans chacun des départements normands, Insee Flash Normandie n° 72 à 76, décembre 2018.

Jerrari K., Mura B., Bérard C., Matouk F., Puech I., « La Normandie, 1ère région pour la part des services et de l’emploi à domicile dans l’emploi salarié », Insee Analyses Normandie n° 38, décembre 2017.

Jerrari K., Mura B., Bérard C., Matouk F. et Puech I., Une analyse des services et de l’emploi à domicile dans chacun des départements normands, Insee Flash Normandie n° 50 à 54, décembre 2017.

Brunet L., Le Graët A., Maillard M., « Un vieillissement démographique plus rapide en Normandie », Insee Analyses Normandie n° 49, juin 2018.