Agences de voyages et voyagistes : avant tout, une activité de conception de voyages

Odile Grosmesnil, Yohann Rivillon, service Ésane, Insee

En France, 4 800 unités légales exerçent une activité d'agences de voyages ou de voyagistes. Elles réalisent 12 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2016. Celles de 10 à 249 salariés, souvent issues de groupes de sociétés, en réalisent la moitié. La conception de voyages, à destination du client final ou d'agences de voyages, génère plus des deux tiers du chiffre d'affaires du secteur. Celui-ci augmente fortement depuis 2000, malgré un recul entre 2008 et 2011.

Insee Focus
No 140
Paru le : Paru le 25/01/2019
Odile Grosmesnil, Yohann Rivillon, service Ésane, Insee
Insee Focus  No 140 - janvier 2019

Un secteur en mutation

Le secteur des agences de voyages et de voyagistes est composé de voyagistes qui organisent des séjours touristiques sous forme de « forfaits » en réunissant les prestations de plusieurs fournisseurs (compagnies aériennes, hôteliers, restaurateurs, prestataires de loisirs, etc.) et d'agences de voyages qui les commercialisent. La distinction entre ces deux métiers devient plus floue : certaines agences de voyages conçoivent elles-mêmes leurs offres, tandis que certains voyagistes profitent du développement du e-tourisme et vendent leurs produits directement au client final. Par ailleurs, les entreprises s'adaptent au contexte économique en se restructurant : prise de participation, fusion, création de filiales à l'étranger pour se rapprocher des clients. Ainsi, en moyenne sur 5 ans, les entreprises concernées par une restructuration représentent 12 % du chiffre d'affaires du secteur, contre 7 % pour l'ensemble des services marchands.

Faible valeur ajoutée et nombreux emplois

En 2016, les 4 800 unités légales du secteur (sociétés ou entreprises individuelles) emploient 28 000 salariés en équivalent temps plein (figure 1). Hors taxes, elles réalisent 11,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 1,6 milliard d'euros de valeur ajoutée, soit moins de 2 % de l'ensemble des services marchands. Dans ce secteur, le taux de valeur ajoutée est faible ; il est très inférieur à celui de l'ensemble des services marchands, en raison notamment de la nature des activités (assemblage de composants d'un voyage, revente en l'état de voyages). Après une baisse de 6 points de 2010 à 2011, le taux de marge se redresse depuis 2013 pour atteindre 8 % en 2016. Il reste très inférieur à celui de l'ensemble des services marchands (28 %). Cela est dû à la forte part des frais de personnel, liée au poids des emplois dans la valeur ajoutée et à un moindre besoin d'investissement.

Figure 1 - Chiffres clés du secteur des activités des agences de voyages et des voyagistes en 2016

Figure 1 - Chiffres clés du secteur des activités des agences de voyages et des voyagistes en 2016
Activités des agences de voyages et des voyagistes Services marchands
Nombre d'unités légales (en milliers) 4,8 1 808,5
Effectifs salariés en équivalent temps plein 28,0 3 922,5
Chiffre d'affaires hors taxes (en milliards d'euros) 11,8 779,0
Valeur ajoutée hors taxes 1,6 372,4
Taux de marge aux coûts des facteurs (en %) 8,0 28,3
Taux de valeur ajoutée 13,8 47,8
Valeur ajoutée / effectifs équivalent temps plein (en milliers) 57,7 94,9
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2016.

Un secteur dynamique, sensible à la conjoncture

En moyenne annuelle, le chiffre d'affaires du secteur a augmenté de 3,1 % en valeur entre 2000 et 2016 contre + 3,7 % pour l'ensemble des services marchands (figure 2). Cette moindre croissance s'explique par le fort impact de la crise économique de 2008 ; en effet, l'activité a baissé de 4,3 % en moyenne par an entre 2008 et 2011 (+ 2,7 % pour les services marchands), les dépenses en voyages et autres activités de loisirs n'étant pas prioritaires. Avant et après cette période, l’activité du secteur a été très dynamique : + 5,9 % de croissance moyenne annuelle entre 2000 et 2008 (1,2 point de plus que dans l'ensemble des services marchands) et + 3,4 % entre 2011 et 2016 (0,8 point de plus). En 2017, elle se poursuit au même rythme que dans l'ensemble des services marchands.

Figure 2 - Évolution du chiffre d'affaires (en valeur) des activités des agences de voyages et voyagistes et des services marchands entre 2000 et 2017

Indice 100 en 2000
Figure 2 - Évolution du chiffre d'affaires (en valeur) des activités des agences de voyages et voyagistes et des services marchands entre 2000 et 2017 (Indice 100 en 2000)
Année Activités des agences de voyages et voyagistes Services marchands
2000 100,0 100,0
2001 107,3 107,2
2002 113,9 112,7
2003 120,6 116,7
2004 127,1 121,3
2005 140,1 123,9
2006 146,9 131,0
2007 153,4 138,2
2008 158,2 144,9
2009 140,3 143,0
2010 139,9 148,9
2011 138,8 156,8
2012 149,1 161,8
2013 152,0 163,7
2014 159,3 167,0
2015 158,5 172,1
2016 164,2 178,1
2017 171,6 186,4
  • Note : indices de chiffre d’affaires sur les ventes en valeur, y compris à l’exportation, séries brutes.
  • Champ : France hors Guyane et Mayotte.
  • Sources : DGFiP, Insee.

Figure 2 - Évolution du chiffre d'affaires des activités des agences de voyages et voyagistes et des services marchands entre 2000 et 2017

  • Note : indices de chiffre d’affaires sur les ventes en valeur, y compris à l’exportation, séries brutes.
  • Champ : France hors Guyane et Mayotte.
  • Sources : DGFiP, Insee.

Une forte part d'entreprises appartenant à un groupe

Les unités légales de 10 à 249 salariés sont très présentes : elles réalisent la moitié du chiffre d’affaires du secteur, contre un tiers dans les services marchands. À l’inverse, les petites structures, de moins de 10 salariés, pèsent très peu économiquement. Elles sont, pour beaucoup, organisées en franchise.

Un quart des unités légales du secteur appartient à un groupe de sociétés contre seulement 7 % dans les services marchands. Elles génèrent à elles seules plus des trois quarts du chiffre d’affaires ou de la valeur ajoutée du secteur. Le taux d’appartenance à un groupe croît avec la taille de l’unité : toutes celles de 250 salariés ou plus appartiennent à un groupe contre 70 % de celles de 10 à 249 salariés et seulement 18 % des unités légales de moins de 10 salariés. Plus de la moitié des unités appartenant à un groupe font partie d'un groupe spécialisé dans la même activité (figure 3). Ces dernières ont un poids économique prépondérant : elles réalisent 68 % du chiffre d’affaires de l’ensemble des entreprises du secteur dépendant d'un groupe. Les autres sont dans un groupe dont les activités dominantes sont les activités récréatives et de loisirs, le transport routier de voyageurs, les hébergements touristiques ou le commerce en supermarchés ou hypermarchés.

Figure 3 - Répartition des unités légales des agences de voyages et voyagistes appartenant à un groupe, par secteur d'activité du groupe en 2016

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Figure 3 - Répartition des unités légales des agences de voyages et voyagistes appartenant à un groupe, par secteur d'activité du groupe en 2016 (en %)
Secteur d'activité du groupe Nombre d'unités légales Chiffre d'affaires Valeur ajoutée Effectifs ETP
Activités des agences de voyages et voyagistes 52,1 67,8 79,6 79,1
Activités récréatives et de loisirs 0,9 8,3 0,4 0,5
Hôtels et hébergements touristiques 3,2 7,3 3,7 2,6
Autres transports terrestres de voyageurs 12,5 6,2 5,7 7,0
Commerce de détail en magasin non spécialisé 14,4 1,7 3,0 3,8
  • Lecture : parmi les unités légales du secteur qui appartiennent à un groupe, 53 % sont dans un groupe dont l'activité principale est aussi celle des agences de voyages et de voyagistes, 14 % dans un groupe du commerce de détail en magasin non spécialisé. Les unités légales appartenant à un groupe dont l'activité principale est celle des agences de voyages et voyagistes concentrent près de 70 % du chiffre d'affaires des unités légales du secteur dépendantes d'un groupe.
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Lifi et Ésane 2016.

Figure 3 - Répartition des unités légales des agences de voyages et voyagistes appartenant à un groupe, par secteur d'activité du groupe en 2016

  • Lecture : parmi les unités légales du secteur qui appartiennent à un groupe, 53 % sont dans un groupe dont l'activité principale est aussi celle des agences de voyages et de voyagistes, 14 % dans un groupe du commerce de détail en magasin non spécialisé. Les unités légales appartenant à un groupe dont l'activité principale est celle des agences de voyages et voyagistes concentrent près de 70 % du chiffre d'affaires des unités légales du secteur dépendantes d'un groupe.
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Lifi et Ésane 2016.

Un chiffre d'affaires porté par la conception de voyages

Les unités légales du secteur ont une activité peu diversifiée : elles réalisent 98 % de leur chiffre d'affaires dans la conception de voyages, la vente de voyages, de vols et d'hébergements. Les autres activités des entreprises du secteur sont l'événementiel, l'hébergement touristique et des fonctions de soutien. Le secteur est également peu concurrencé par des entreprises d'autres secteurs, excepté quelques résidences de tourisme ou entreprises de transport.

Cœur de métier du voyagiste, la conception de voyages génère plus des deux tiers du chiffre d'affaires du secteur (figure 4) ; ces voyages sont vendus à parts égales à d’autres entreprises ou directement au client final. Les 30 % restants concernent la vente de voyages organisés par des tiers, la vente de transports et d'hébergements seuls et quelques activités de billetterie. Les ventes de voyages conçus destinés au client final se partagent équitablement entre voyages à destination de l'Union européenne et voyages en dehors de cette zone.

Figure 4 - Répartition des ventes des agences de voyages et voyagistes en 2016 selon la nature des activités

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Figure 4 - Répartition des ventes des agences de voyages et voyagistes en 2016 selon la nature des activités (en %)
Produits des activités des agences de voyage et des voyagistes Chiffre d'affaires
Ventes de transports et hébergements seuls 13
Ventes de voyages organisés par d'autres entreprises 16
Conception de voyages vendus par l’intermédiaire d’autres entreprises 34
Conception de voyages vendus directement au client final 34
Activités de billetterie et autres activités 2
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2016.

Figure 4 - Répartition des ventes des agences de voyages et voyagistes en 2016 selon la nature des activités

  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2016.

Les premiers clients sont des entreprises

La moitié du chiffre d'affaires des agences de voyages et voyagistes provient d'une clientèle d'entreprises, dont 10 % du même groupe de sociétés (figure 5). L'autre moitié se partage entre les particuliers (46 %) et les administrations ou les collectivités locales (4 %). La très grande majorité du chiffre d'affaires est réalisée avec une clientèle résidant en France (88 %), 8 % avec une clientèle résidant dans l'Union européenne (hors France) et 4 % hors Union européenne.

Figure 5 - Répartition du chiffre d'affaires du secteur des activités des agences de voyages et des voyagistes par type de clientèle en 2016

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Figure 5 - Répartition du chiffre d'affaires du secteur des activités des agences de voyages et des voyagistes par type de clientèle en 2016 (en %)
Type de clientèle Chiffre d'affaires
Entreprises hors groupe 46
Entreprises du groupe 4
Particuliers 46
Administrations, collectivités locales et territoriales 4
  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2016.

Figure 5 - Répartition du chiffre d'affaires du secteur des activités des agences de voyages et des voyagistes par type de clientèle en 2016

  • Champ : France hors Mayotte.
  • Source : Insee, Ésane 2016.

Sources

Définitions

Le secteur étudié des activités des agences de voyage et voyagistes correspond au groupe 791 de la nomenclature d'activités française (NAF rév. 2).

Le secteur de comparaison est celui des services marchands, composé de 7 sections de la NAF rév. 2 : hébergement et restauration (section I) ; information et communication (section J) ; activités immobilières (section L) ; activités spécialisées, scientifiques et techniques (section M hors activités vétérinaires) ; activités de services administratifs et de soutien (section N) ; arts, spectacles et activités récréatives (section R) et autres activités de services (section S hors activités des organisations associatives).

Le terme d’entreprise est entendu ici au sens juridique d'unité légale, entreprise individuelle ou société, et non au sens économique de la loi de modernisation de l'économie (LME de 2008).


Unité légale / Entreprise-unité légale :

L'unité légale est une entité juridique de droit public ou privé. Cette entité juridique peut être :

  • une personne morale, dont l'existence est reconnue par la loi indépendamment des personnes ou des institutions qui la possèdent ou qui en sont membres ;
  • une personne physique, qui, en tant qu'indépendant, peut exercer une activité économique.

Elle est obligatoirement déclarée aux administrations compétentes (Greffes des tribunaux, Sécurité sociale, DGI,...) pour exister. L'existence d'une telle unité dépend du choix des propriétaires ou de ses créateurs (pour des raisons organisationnelles, juridiques ou fiscales). L'unité légale est l'unité principale enregistrée dans SIRENE

Remarque :

Cette définition de l'unité légale ne doit pas être confondue avec celle de l'entreprise, considérée comme unité statistique.


Taux de valeur ajoutée (statistique d'entreprises) :

Le taux de valeur ajoutée (statistique d'entreprises) est le rapport de la valeur ajoutée (VA) au chiffre d'affaires (CA).


Taux de marge (statistique d'entreprise) :

Le taux de marge est le rapport de l'excédent brut d'exploitation (EBE) à la valeur ajoutée (VA). 


Groupe de sociétés :

Un groupe de sociétés est une entité économique formée par un ensemble de sociétés qui sont soit des sociétés contrôlées par une même société, soit cette société contrôlante. Contrôler une société, c'est avoir le pouvoir de nommer la majorité des dirigeants. Le contrôle d'une société A par une société B peut être direct (la société B est directement détentrice de la majorité des droits de vote au conseil d'administration de A) ou indirect (B a le contrôle de sociétés intermédiaires C, voire D, E, etc. à qui elle peut demander de voter d'une même façon au conseil d'administration de A, obtenant ainsi la majorité des droits).

La définition statistique française actuellement en vigueur retient comme critère de contrôle pour définir les contours des groupes la majorité absolue des droits de vote.

On définit :

  • le contour restreint ou « noyau dur » du groupe comme l'ensemble des sociétés détenues directement ou indirectement à plus de 50 % par une société mère, tête de groupe ; la société mère n'est détenue majoritairement, ni directement ni indirectement, par aucune autre société. Dans cette définition, les groupes forment des ensembles disjoints deux à deux ;
  • le contour élargi d'un groupe comme l'ensemble des sociétés dont le groupe détient des participations, quel que soit le taux de détention ; de ce fait les contours élargis des différents groupes ne forment pas une partition et une société peut appartenir au contour élargi de plusieurs groupes.
Remarque :

L'espace économique où sont implantés les groupes et leurs filiales dépasse le territoire national. Par contre, les enquêtes ou les données administratives recueillent les données économiques des entreprises concernées situées sur le territoire français. Plutôt que de « contour des groupes » et « statistiques sur les groupes et leurs entreprises », il faudrait parler de contour et statistiques de la partie française des groupes.



Élaboration des statistiques annuelles d'entreprise / ESANE :

Le dispositif Esane combine des données administratives (obtenues à partir des déclarations annuelles de bénéfices que font les entreprises à l'administration fiscale et à partir des données annuelles de données sociales qui fournissent des informations sur les salariés) et des données obtenues à partir d'un échantillon d'entreprises enquêtées par un questionnaire spécifique pour produire des statistiques structurelles d'entreprises (enquête sectorielle annuelle/ESA).

Mis en place en 2009 sur l'exercice 2008, ce dispositif remplace le précédent système composé de deux dispositifs avec les enquêtes annuelles d'entreprise (EAE) et le système unifié de statistiques d'entreprises (Suse) s'appuyant sur les déclarations fiscales, en les unifiant.

A partir de l'exercice 2008, le système unifié de statistiques d'entreprises (Suse) est remplacé par le dispositif « ESANE ». Comme « SUSE », il met en œuvre l'exploitation exhaustive des déclarations de bénéfices des entreprises auprès de la direction générale des Impôts (DGI), complétées par les réponses aux enquêtes annuelles d'entreprises (ESA, nouvelles enquêtes EAE) et, le cas échéant, par d'autres sources d'information mais selon une méthode nouvelle.

Des « agrégats composites » sont calculés à l'aide d'une procédure d'estimation statistique qui « compose » une synthèse des données fiscales et des données d'enquête.

Remarque :

Le changement de dispositif génère des ruptures au niveau des résultats produits par rapport à ceux provenant du système précédent, pour trois raisons principales. Le questionnaire des enquêtes du dispositif ESANE a été rénové, ce qui a pu induire certaines modifications du comportement de réponse des entreprises. La prise en compte conjointe des données d'enquête et des données administratives, et en particulier la confrontation des informations disponibles dans les deux sources sur la ventilation du chiffre d'affaires selon les activités principales, a nécessité la mise en place de méthodes d'estimations statistiques rénovées. Les données sont publiées selon la nomenclature d'activités révisée NAF rév.2, alors que les précédents résultats l'étaient en NAF rév.1.

Pour en savoir plus : Méthodologie de la statistique annuelle d’entreprises- Description du système «Ésane»

Insee Méthodes n° 130- octobre 2017


Pour en savoir plus

Andrieux V., « Les services marchands en 2017 : la production accélère, favorisée par une demande soutenue », Insee Première n° 1705, juillet 2018.

Gidrol J.-C., « Les hébergements collectifs touristiques en 2017 : une fréquentation record de 429 millions de nuitées », Insee Première n° 1693, avril 2018.

Souquet C., « Services aux entreprises : une reprise en 2014 », Insee Focus n° 47, décembre 2015.