Insee Flash Pays de la LoireEn Loire-Atlantique, des fragilités sociales concentrées dans les pôles urbainsInégalités et pauvreté dans les Pays de la Loire

David Amonou, Philippe Bourieau (Insee), Sandrine Leray, Camille L’Hour (Département de Loire-Atlantique)

La Loire-Atlantique figure parmi les départements les moins fragiles de France métropolitaine en 2016, mais quelques territoires en difficulté se concentrent dans les pôles urbains de Nantes, Saint-Nazaire et Châteaubriant. Le pôle urbain de Saint-Nazaire est globalement plus fragile que celui de Nantes, hormis pour le surpeuplement des logements et la part d’habitants de nationalité étrangère. Ces deux grands pôles perçoivent davantage d’aides sociales du Département, notamment à destination de l’enfance, du logement et de l’insertion professionnelle.

Insee Flash Pays de la Loire
No 95
Paru le : Paru le 07/11/2019
David Amonou, Philippe Bourieau (Insee), Sandrine Leray, Camille L’Hour (Département de Loire-Atlantique)
Insee Flash Pays de la Loire  No 95 - Novembre 2019

Cette étude fait partie d'une série de publications sur les inégalités et la pauvreté dans les Pays de la Loire.

Les 13 espaces les plus fragiles socialement du département se situent dans les pôles urbains de Nantes, Saint-Nazaire et Châteaubriant

La fragilité de la population dépend de nombreux facteurs comme l’insertion professionnelle, la structure familiale ou encore la qualité du logement. Localiser les territoires où résident les populations fragiles à une échelle fine est indispensable à la mise en œuvre des politiques publiques locales, notamment au sein des grandes villes. Afin de caractériser cette fragilité sociale, un indicateur composite a été retenu. Bien que la Loire-Atlantique figure au deuxième rang des départements les moins fragiles de France métropolitaine, certains territoires sont confrontés à une forte fragilité sociale (figure 1 et figure 2).

Une concentration des fragilités dans les pôles urbains…

Les difficultés rencontrées dans le département se concentrent principalement dans les pôles urbains de Nantes, de Saint-Nazaire et de Châteaubriant. Au premier rang, la fragilité est plus forte à Châteaubriant que dans les grands pôles urbains de Nantes et Saint-Nazaire, en raison d’une part plus élevée de non diplômés, d’ouvriers non qualifiés et d’un chômage de longue durée plus présent.

Au second rang, le pôle urbain de Saint-Nazaire est plus fragile que celui de Nantes sur plusieurs aspects. La part des personnes non diplômées est de 21 % à Saint-Nazaire contre 16 % à Nantes. En raison de sa structure productive, Saint-Nazaire compte 9 % d’ouvriers non qualifiés ou agricoles, contre 5 % à Nantes. Les habitants âgés de 75 ans ou plus sont également plus nombreux à Saint-Nazaire (12 % contre 8 %). Le chômage (y compris de longue durée), la part de contrats courts et de familles monoparentales sont également plus élevés.

Figure 1La majorité des espaces très fragiles du département se situent au cœur de NantesIndicateur de fragilité dans le pôle urbain de Nantes en 2016

  • Source : Insee, Recensement de la population (RP) 2016.

… qui s’accompagne de fortes disparités

Les pôles de Nantes et dans une moindre mesure de Saint-Nazaire sont des lieux socialement très contrastés. Parmi les 58 territoires les moins fragiles du département, 27 se situent dans le pôle de Nantes (Erdre, Erdurière, Le Bois Raguenet, etc.) et 1 à Saint-Nazaire (Madeleine-Poissevin). Cependant, ces pôles regroupent respectivement 9 et 3 des 13 territoires les plus en difficulté (figure 1 et figure 2).

Les quatre zones les plus fragiles du département, Dervallières-Chézine, Pin Sec, Malakoff et La Bottière, se situent au cœur de Nantes, la cinquième étant Chesnaie à Saint-Nazaire. Les difficultés sont nombreuses dans ces quartiers. Quatre résidents sur dix n’ont aucun diplôme, soit le double du département. À Dervallières-Chézine 42 % des actifs sont au chômage, dont la moitié depuis plus d’un an. Au Pin Sec, un tiers des habitants est de nationalité étrangère contre 3 % dans le département, et parmi les actifs occupés, un quart sont ouvriers non qualifiés ou agricoles et 35 % ont un contrat court contre 15 % au niveau départemental. Deux ménages sur dix sont des familles monoparentales à Malakoff, Dervallières-Chézine, La Bottière et Chesnaie, contre 8 % en moyenne dans le département. En outre, plus d’un logement sur dix est surpeuplé à Malakoff, La Bottière, Dervallières-Chézine et Chesnaie contre 3 % au niveau départemental.

Figure 2Trois zones très fragiles se situent dans le pôle urbain de Saint-NazaireIndicateur de fragilité dans le pôle urbain de Saint-Nazaire en 2016

  • Source : Insee, RP 2016.

Les territoires très fragiles ont moins bien résisté à la crise

Dans la majorité des zones fragiles des pôles urbains de Châteaubriant, Nantes et Saint-Nazaire, la situation se dégrade sensiblement entre 2006 et 2016. Sur les 13 IRIS fragiles présents dans les trois pôles, trois seulement connaissent une amélioration de leur situation : Malakoff à Nantes, ainsi que Bouletterie et Chesnaie à Saint-Nazaire. Dans les dix autres zones les plus en difficulté, la fragilité s’amplifie entre 2006 et 2016, en lien avec la crise économique de 2008. Le chômage y augmente de façon plus prononcée qu’en moyenne dans le département. Le chômage de longue durée, ainsi que les contrats courts y progressent, alors qu’ils sont stables dans le département. La part d’étrangers, populations exposées à diverses difficultés comme un défaut de maîtrise de la langue française, y est plus forte et augmente davantage.

Ainsi, à Châteaubriant, dans le quartier de la Ville aux Roses, alors que le chômage de longue durée était à un niveau proche de celui du département en 2006 (42 % des personnes en recherche d’emploi), il augmente de 15 points en 10 ans. Le chômage et la part de contrats courts progressent également.

À Saint-Herblain, dans le quartier Harlière Sud, la part de personnes sans diplôme, déjà au-dessus de la moyenne départementale en 2006, augmente, contrairement à la quasi-totalité des territoires du département. Le chômage, les contrats courts et le chômage de longue durée augmentent aussi de façon prononcée.

À Saint-Nazaire, dans le quartier de Prézégat-Berthauderie, le chômage de longue de durée, stable sur le département, augmente de 8 points en 10 ans et le chômage progresse de 5 points. La part d’étrangers augmente fortement : 1 personne sur 5 est de nationalité étrangère, alors qu’elle ne représentait que 1 personne sur 20 en 2006. Les logements accessibles de ce quartier ont pu accueillir une main-d’œuvre étrangère attirée par le marché du travail dynamique de Saint-Nazaire.

Davantage d’aides sociales du Département dans les zones fragiles de Nantes et de Saint-Nazaire

Dans les pôles de Nantes et de Saint-Nazaire, la population des quartiers les plus en difficulté bénéficie davantage de l’accompagnement du Département que dans les zones peu fragiles socialement. Dans les territoires fragiles de Nantes, 6 % des ménages touchent le Fonds de solidarité logement (FSL), soit neuf fois plus que dans les territoires peu fragiles. De même, ils sont 17 % à percevoir le Revenu de solidarité active (RSA), contre 4 % dans les territoires les moins en difficulté. La proportion d’enfants âgés de 0 à 20 ans suivis par l’Aide sociale à l’enfance y est cinq fois plus élevée. Les habitants des quartiers fragiles de Nantes sont plus souvent accompagnés par les unités Vie sociale et insertion (VSI) : 26 % des ménages ont recours à un intervenant social contre 4 % dans les quartiers peu fragiles.

Dans les quartiers fragilisés du pôle urbain de Saint-Nazaire, la part de jeunes bénéficiant d’une mesure de protection de l’Aide sociale à l’enfance est huit fois plus élevée que dans les espaces les plus favorisés. Les aides financières profitent également plus souvent à la population des quartiers fragilisés de l’unité urbaine, que ce soit au travers du FSL ou du RSA. La part de ménages touchant l’aide au logement dans les quartiers fragiles est dix fois plus forte, et celle de ceux percevant le RSA six fois plus. Enfin, la population y est plus souvent accompagnée par les unités Vie sociale et insertion : 19 % des ménages vivant dans un quartier fragile ont eu recours à un intervenant social contre 3 % dans les quartiers les moins fragiles.

Dans le quartier le plus fragilisé de Châteaubriant, la Ville aux Roses, les habitants sont deux fois plus nombreux à percevoir le RSA que dans les quartiers à fragilité intermédiaire (respectivement 10 % et 5 %). Ils bénéficient également plus souvent du FSL (3 % contre 2 %).

Encadré Partenariat

Cette étude est issue d’un partenariat entre l’Insee et le Département de Loire-Atlantique.

Définitions


L’indicateur de fragilité sociale combine de façon synthétique neuf indicateurs de précarité de la population (pour en savoir plus, Insee Analyses n°77). Il est calculé pour tous les iris ou communes à partir des recensements de la population de 2006 et 2016. Les « Ilots Regroupés pour l'Information Statistique » (IRIS), découpage infra-communal, constituent la brique de base de l’étude.


Une grande aire urbaine est un ensemble de communes constitué par un pôle (unité urbaine de plus de 10 000 emplois) et par une couronne dont au moins 40 % de la population active travaille dans le pôle ou dans des communes attirées par celui-ci. Cette étude porte sur les pôles urbains de Châteaubriant, Nantes et Saint-Nazaire.

Pour en savoir plus

Stratégie départementale d’insertion 2018-2022.

Des cartes, des stats et des études sur l’Observatoire de Loire-Atlantique.

Amonou D. et Bourieau P., Loire-Atlantique : moins de fragilités sociales, mais quelques territoires ou quartiers cumulent les difficultés, Insee Analyses Pays de la Loire, n° 77, novembre 2019.

Chaillot P. et Fouchard C., 392 000 personnes pauvres dans les Pays de la Loire : profils et disparités territoriales, Insee Analyses Pays de la Loire, n° 40, décembre 2016.

Chesnel H. et Le Graët A., Fragilités sociales et besoins en santé : des situations différenciées d’un territoire à l’autre, Insee Analyses Pays de la Loire, n° 35, juillet 2016.