Insee PremièreLes femmes les plus modestes et les plus aisées ont le plus d’enfants

Didier Reynaud (Insee)

En France, la fécondité est la plus élevée, d’une part, pour les femmes les plus modestes et, d’autre part, pour les plus aisées. Si elles avaient durant toute leur vie la fécondité des années 2012 à 2017 par âge et rang de naissance et la même position dans l’échelle des niveaux de vie, les femmes les plus modestes et les femmes les plus aisées auraient deux enfants en moyenne. Ces dernières ont par ailleurs leurs enfants plus tardivement.

Parmi les 10 % les plus aisées, la majorité des femmes aurait finalement exactement deux enfants ; seules 8 % d’entre elles n’en auraient aucun. Parmi les plus modestes, une femme sur trois aurait au moins trois enfants.

Les femmes nées à l’étranger ont une fécondité plus élevée et sont surreprésentées parmi les plus modestes. Les écarts de fécondité entre les femmes nées en France et celles nées à l’étranger sont nettement plus importants parmi les plus modestes. Au-delà de 3 000 euros de niveau de vie mensuel, elles ont quasiment le même nombre d’enfants.

La fécondité est la plus faible pour les femmes ayant un niveau de vie intermédiaire, autour de 1 400 euros mensuels. Parmi ces femmes, plus d’une sur quatre n’aurait pas d’enfant et seules 17 % en auraient au moins trois.

Le niveau de diplôme influe diversement sur la fécondité. Pour les femmes les plus aisées, les plus diplômées ont plus d’enfants. C’est l’inverse pour les plus modestes.

Insee Première
No 1826
Paru le : Paru le 25/11/2020
Didier Reynaud (Insee)
Insee Première  No 1826 - Novembre 2020

Une fécondité élevée de part et d’autre de l’échelle des niveaux de vie

La fécondité varie nettement selon le niveau de vie (figure 1a). Elle est la plus élevée à la fois pour les femmes aux niveaux de vie les plus faibles et les plus élevés. Pour la période 2012-2017, les femmes faisant partie des 10 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ décile de niveau de vie) ont en moyenne un niveau de vie de 633 euros par mois et les 10 % les plus aisées (au-delà du dernier décile de niveau de vie) ont en moyenne 4 302 euros par mois. Dans les conditions de fécondité des années 2012 à 2017 par rang de naissance et âge (indicateur conjoncturel de fécondité tenant compte du rang et de l’âge, ICFRA), les 10 % de femmes les plus modestes donneraient naissance en moyenne à 2,0 enfants par femme au cours de leur vie et les 10 % les plus aisées en auraient 1,9.

À l’inverse, la fécondité est la plus basse pour les femmes ayant un niveau de vie autour de 1 400 euros par mois (moyenne entre les 3ᵉ et 5ᵉ déciles de niveau de vie) : 1,5 enfant par femme.

La fécondité baisse ainsi très fortement selon le niveau de vie jusqu’à 1 400 euros par mois. Puis elle se stabilise avant d’augmenter fortement jusqu’à 1 900 euros par mois (niveau de vie moyen des femmes entre les 6ᵉ et 7ᵉ déciles de niveau de vie), et plus modérément au-delà.

Figure 1a – Fécondité selon le décile de niveau de vie

Figure 1a – Fécondité selon le décile de niveau de vie - Lecture : les 10 % de femmes les moins aisées (en deçà du 1ᵉʳ décile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 633 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 1,99 enfant, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
Niveau de vie moyen (en euros par mois) Indicateur de fécondité ICFRA
Inférieur à D1 633 1,99
D1 à D2 964 1,77
D2 à D3 1 168 1,53
D3 à D4 1 345 1,46
D4 à D5 1 514 1,45
D5 à D6 1 690 1,66
D6 à D7 1 890 1,79
D7 à D8 2 150 1,82
D8 à D9 2 576 1,82
Supérieur à D10 4 302 1,92
  • Lecture : les 10 % de femmes les moins aisées (en deçà du 1ᵉʳ décile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 633 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 1,99 enfant, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Figure 1a – Fécondité selon le décile de niveau de vie

  • Lecture : les 10 % de femmes les moins aisées (en deçà du 1ᵉʳ décile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 633 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 1,99 enfant, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Des naissances plus tardives lorsque le niveau de vie s’élève

Plus le niveau de vie est élevé, plus les femmes ont leurs enfants tard (figure 1b). L’âge moyen à l’accouchement augmente avec le niveau de vie quel que soit le rang de naissance. Dans les conditions de fécondité des années 2012-2017, les 10 % de femmes les plus aisées ont leur premier enfant en moyenne à 30,9 ans, soit 3,4 ans plus tard que les 10 % les plus modestes. Les femmes plus aisées sont souvent plus diplômées et ont fait des études plus longues [Pison, 2012] et lorsqu’elles vivent en couple, elles résident plus longtemps à deux avant de fonder une famille [Costemalle, 2015]. Parmi les 10 % les plus aisées, 29 % ont leur premier enfant à 33 ans ou plus, contre 20 % parmi les 10 % les plus modestes.

Figure 2a – Fécondité des femmes selon le quintile de niveau de vie par lieu de naissance

Figure 2a – Fécondité des femmes selon le quintile de niveau de vie par lieu de naissance - Lecture : parmi les femmes nées à l’étranger, les 20 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 587 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 2,63 enfants, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
Femmes nées en France Femmes nées à l'étranger Ensemble Part de femmes nées à l'étranger (en %) (échelle de droite)
Niveau de vie moyen (en euros par mois) ICFRA Niveau de vie moyen (en euros par mois) ICFRA Niveau de vie moyen (en euros par mois) ICFRA
Inférieur à Q1 856 1,49 587 2,63 799 1,88 25,1
Q1 à Q2 1 308 1,32 962 2,76 1 256 1,50 13,7
Q2 à Q3 1 642 1,53 1 260 2,61 1 602 1,57 8,4
Q3 à Q4 2 051 1,81 1 684 2,48 2 020 1,80 6,9
Supérieur à Q5 3 459 1,87 3 210 2,04 3 440 1,87 8,6
  • Note : les quintiles sont calculés pour chaque groupe de femmes caractérisées par leur lieu de naissance. Ils sont ainsi différents pour chaque groupe.
  • Lecture : parmi les femmes nées à l’étranger, les 20 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 587 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 2,63 enfants, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Figure 2a – Fécondité des femmes selon le quintile de niveau de vie par lieu de naissance

  • Note : les quintiles sont calculés pour chaque groupe de femmes caractérisées par leur lieu de naissance. Ils sont ainsi différents pour chaque groupe.
  • Lecture : parmi les femmes nées à l’étranger, les 20 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 587 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 2,63 enfants, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Parmi les plus modestes, une fécondité plus élevée pour les femmes nées à l’étranger que pour celles nées en France

La fécondité des femmes nées à l’étranger est plus élevée que celle des femmes nées en France (figure 2a). Ces écarts sont accentués en bas de l’échelle des niveaux de vie : 1,5 enfant pour les femmes nées en France contre 2,6 pour celles nées à l’étranger parmi les 20 % les plus modestes (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie). Alors que la fécondité des femmes nées à l’étranger diminue nettement avec le niveau de vie, celle des femmes nées en France tend à augmenter avec celui-ci. Parmi les femmes nées à l’étranger, les 20 % les plus aisées ont en moyenne 2,0 enfants, soit un niveau de fécondité proche de celui des femmes les plus aisées nées en France (1,9).

Même si les femmes nées à l’étranger ont généralement plus d’enfants, leur apport à la fécondité totale de l’ensemble des femmes résidant en France est relativement faible [Volant et al., 2019]. Il diffère cependant selon le niveau de vie : il est plus important en bas de l’échelle des niveaux de vie. La forte fécondité des femmes les plus modestes s’explique ainsi à la fois par la proportion plus importante de femmes nées à l’étranger parmi les personnes de ces niveaux de vie et par leur niveau de fécondité plus élevé. En particulier, les femmes nées en Afrique et en Asie, pour lesquelles la fécondité est la plus élevée [Volant et al., 2019], représentent 20 % des femmes situées en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie et seulement 4 % de celles situées au-delà du dernier quintile. Les 20 % de femmes les plus modestes (qu’elles soient nées en France ou à l’étranger) ont en moyenne 1,9 enfant. À ce niveau de vie, celles nées en France en ont en moyenne 1,5. Sans les femmes nées à l’étranger, la fécondité des 20 % de femmes les plus modestes serait donc inférieure de 0,4 enfant par femme. Pour les femmes situées entre le 1ᵉʳ et le 2ᵉ quintile, la contribution de celles nées à l’étranger est plus faible : 0,2 enfant par femme. Pour les 20 % les plus aisées, elle est quasiment nulle : à ces niveaux de vie, les femmes nées à l’étranger sont peu nombreuses et leur fécondité est semblable à celle des femmes nées en France.

La forte fécondité des femmes nées à l’étranger est toutefois à relativiser. Les indicateurs conjoncturels de fécondité reposent sur les naissances ayant eu lieu en France, ils surestiment donc leur niveau de fécondité. En effet, l’immigration repousse souvent les naissances après l’arrivée en France : la fécondité est faible avant la migration (ce qui n’est pas pris en compte) et forte après. De ce fait, le calcul des indicateurs conjoncturels de fécondité pour les femmes nées à l’étranger revient à appliquer à ces femmes, tout au long de leur vie, un profil de fécondité qui reste marqué par le rattrapage des naissances faisant suite à la migration [Toulemon, 2004]. Les femmes ayant immigré à un âge jeune ont, quant à elles, une fécondité très proche des femmes nées en France [Toulemon, 2004]. La descendance finale, qui inclut toutes les naissances, survenues en France ou non, reste cependant plus élevée pour les immigrées [Héran, Pison, 2007].

Les femmes nées à l’étranger accouchent en moyenne plus jeunes que celles nées en France [Volant, 2017]. Toutefois, l’âge moyen à l’accouchement croît avec le niveau de vie des mères, qu’elles soient nées en France ou à l’étranger (figure 2b).

Un effet croisé entre diplôme et niveau de vie

Pour les femmes les plus aisées, les plus diplômées ont davantage d’enfants. À l’inverse, parmi les femmes à faible niveau de vie, ce sont les moins diplômées qui ont le plus d’enfants (figure 3a).

Les 20 % de femmes les plus modestes n’ayant pas le baccalauréat ont en moyenne 2,0 enfants, de même que les 20 % de femmes les plus aisées ayant un diplôme supérieur au bac. À l’inverse, la fécondité est la plus faible (1,2 enfant) pour les femmes ayant au moins le baccalauréat et un faible niveau de vie.

Niveau de vie et de diplôme sont cependant corrélés, les personnes de faible niveau de vie étant souvent moins diplômées. Cette corrélation n’est pas totale et des différences par diplôme selon le niveau de vie existent. En effet, les niveaux de vie prennent en compte non seulement les revenus des femmes mais aussi ceux des personnes qui résident avec elles, et les positions sur le marché du travail ne sont pas uniquement déterminées par le diplôme (on peut être cadre par exemple sans être diplômé de l’enseignement supérieur).

La fécondité des femmes dont le niveau de diplôme est inférieur au baccalauréat tend à décroître selon le niveau de vie. Ceci est lié en partie au fait que les femmes nées à l’étranger sont surreprésentées parmi celles-ci. À l’inverse, la fécondité croît avec le niveau de vie pour les diplômées du supérieur : elle passe de 1,3 enfant par femme pour celles situées entre le 1ᵉʳ et le 2ᵉ quintile de niveau de vie à 1,7 pour celles situées entre le 2ᵉ et le 3ᵉ quintile.

Les âges moyens à l’accouchement diffèrent sensiblement selon le niveau de diplôme (figure 3b). Cependant, ils ont tendance à converger dès lors que le niveau de vie s’élève. Qu’elles soient titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur ou pas, les femmes dont le niveau de vie se situe autour de 3 000 euros par mois accouchent au même âge : 31,5 ans en moyenne (tous rangs de naissance confondus). De même, les plus diplômées accouchent en moyenne entre 31 et 32 ans, quel que soit leur niveau de vie. En revanche, les femmes n’ayant pas le baccalauréat accouchent en moyenne avant 30 ans lorsque leur niveau de vie est inférieur au 4ᵉ quintile.

Figure 3a – Fécondité des femmes selon le quintile de niveau de vie par niveau de diplôme

Figure 3a – Fécondité des femmes selon le quintile de niveau de vie par niveau de diplôme - Lecture : parmi les femmes de niveau de diplôme inférieur au bac, les 20 % les moins aisées (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 731 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 1,99 enfant, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
Diplôme inférieur au bac Bac Diplôme supérieur au bac Ensemble des femmes
Niveau de vie moyen (en euros par mois) ICFRA Niveau de vie moyen (en euros par mois) ICFRA Niveau de vie moyen (en euros par mois) ICFRA Niveau de vie moyen (en euros par mois) Part des femmes ayant un diplôme inférieur au bac (en %)
Inférieur à Q1 731 1,99 870 1,45 1 109 1,19 799 64,0
Q1 à Q2 1 105 1,75 1 306 1,24 1 651 1,29 1 256 53,1
Q2 à Q3 1 386 1,64 1 599 1,53 2 006 1,72 1 602 41,9
Q3 à Q4 1 713 1,64 1 936 1,75 2 460 1,87 2 020 32,0
Supérieur à Q5 2 726 1,63 3 034 1,70 4 028 1,99 3 440 24,0
  • Note : les quintiles sont calculés pour chaque groupe de femmes caractérisées par leur niveau de diplôme. Ils sont ainsi différents pour chaque groupe.
  • Lecture : parmi les femmes de niveau de diplôme inférieur au bac, les 20 % les moins aisées (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 731 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 1,99 enfant, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Figure 3a – Fécondité des femmes selon le quintile de niveau de vie par niveau de diplôme

  • Note : les quintiles sont calculés pour chaque groupe de femmes caractérisées par leur niveau de diplôme. Ils sont ainsi différents pour chaque groupe.
  • Lecture : parmi les femmes de niveau de diplôme inférieur au bac, les 20 % les moins aisées (en deçà du 1ᵉʳ quintile de niveau de vie), qui ont un niveau de vie moyen de 731 euros par mois sur la période, ont une fécondité moyenne de 1,99 enfant, d’après leur fécondité observée de 2012 à 2017 par âge et rang de naissance (ICFRA).
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Deux enfants : un modèle très répandu pour les femmes les plus aisées

De part et d’autre de l’échelle des niveaux de vie, les femmes ont un nombre moyen d’enfants très proche (près de 2). Pour les plus modestes, le nombre moyen d’enfants est tiré vers le haut par une part importante de familles nombreuses. Parmi les femmes les plus aisées, dans les conditions de fécondité des années 2012 à 2017 par âge et rang de naissance, peu n’auraient pas d’enfant au cours de leur vie, ce qui explique leur fécondité élevée en moyenne. À l’inverse, parmi les femmes à niveau de vie intermédiaire, pour lesquelles la fécondité est la plus faible, plus d’une sur quatre n’aurait finalement pas d’enfant et seules 17 % auraient une descendance nombreuse.

Pour les femmes aisées, le modèle de famille à deux enfants est prédominant (figure 4). Plus le niveau de vie est élevé, plus il est fréquent d’avoir une descendance de deux enfants. Les 10 % des femmes les plus aisées sont aussi celles qui ont le plus souvent exactement trois enfants. Si elles avaient durant toute leur vie la fécondité des années 2012 à 2017 par âge et rang de naissance, 52 % des femmes situées au-delà du dernier décile de niveau de vie auraient exactement deux enfants au cours de leur vie, 20 % en auraient trois, 17 % un seul et 8 % aucun. En avoir 4 ou plus est rare (3 %).

Les 10 % de femmes les plus modestes ont moins souvent exactement deux enfants au cours de leur vie que les plus aisées. Parmi les plus modestes, la famille à deux enfants n’est pas majoritaire (26 %). Elles ont en revanche beaucoup plus souvent une descendance nombreuse : 34 % des femmes auraient trois enfants ou plus. Pour elles, avoir exactement trois enfants est quasiment aussi fréquent que pour les plus aisées (19 %), mais, contrairement à ces dernières, en avoir quatre ou plus n’est pas rare (15 %). Les familles nombreuses, avec trois enfants ou plus, sont par ailleurs majoritaires parmi les mères nées à l’étranger [Blanpain, Lincot, 2015], sauf parmi les 20 % les plus aisées.

L’infécondité varie nettement en fonction du niveau de vie. Elle est particulièrement élevée pour les femmes nées en France dont le niveau de vie est inférieur à la médiane. Dans les conditions de fécondité des années 2012-2017, près de 30 % des femmes nées en France et situées en deçà du niveau de vie médian n’auraient pas d’enfant. Comparativement, l’infécondité des femmes nées à l’étranger est faible, et ce quel que soit leur niveau de vie : moins de 10 % d’entre elles n’auraient pas d’enfant.

Quant au modèle de famille à un seul enfant, sa fréquence dépend moins du niveau de vie, même si elle est légèrement supérieure pour les mères situées en deçà du niveau de vie médian.

Figure 4 – Descendance finale estimée, selon le décile de niveau de vie

en %
Figure 4 – Descendance finale estimée, selon le décile de niveau de vie (en %) - Lecture : parmi les 10 % de femmes les plus aisées (au-delà du 9ᵉ décile de niveau de vie, D9), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient, tout au long de leur vie féconde, la même fécondité que celle observée entre 2012 et 2017 et qu’elles restaient à chaque âge dans le même décile de niveau de vie. Cette descendance est ainsi fictive.
0 enfant 1 enfant 2 enfants 3 enfants 4 enfants ou plus
Inférieur à D1 16,9 23,0 26,1 19,4 14,6
D1 à D2 20,1 23,5 29,1 17,7 9,6
D2 à D3 26,8 24,0 27,8 14,4 7,0
D3 à D4 26,1 24,9 32,4 12,2 4,4
D4 à D5 27,4 22,4 33,2 12,4 4,6
D5 à D6 19,4 19,5 42,0 15,8 3,3
D6 à D7 13,1 18,9 48,5 16,3 3,2
D7 à D8 13,3 17,2 48,7 16,5 4,3
D8 à D9 11,9 18,8 48,8 17,2 3,3
Supérieur à D9 8,3 17,0 52,0 19,8 2,9
  • Lecture : parmi les 10 % de femmes les plus aisées (au-delà du 9ᵉ décile de niveau de vie, D9), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient, tout au long de leur vie féconde, la même fécondité que celle observée entre 2012 et 2017 et qu’elles restaient à chaque âge dans le même décile de niveau de vie. Cette descendance est ainsi fictive.
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Figure 4 – Descendance finale estimée, selon le décile de niveau de vie

  • Lecture : parmi les 10 % de femmes les plus aisées (au-delà du 9ᵉ décile de niveau de vie, D9), 52 % auraient 2 enfants, si elles avaient, tout au long de leur vie féconde, la même fécondité que celle observée entre 2012 et 2017 et qu’elles restaient à chaque âge dans le même décile de niveau de vie. Cette descendance est ainsi fictive.
  • Champ : femmes de 15 à 50 ans, France métropolitaine.
  • Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, Échantillon démographique permanent.

Sources

L’échantillon démographique permanent (EDP) compile, pour un échantillon de personnes, des données de différentes sources :

- l’état civil permet de repérer si les personnes ont eu un enfant une année donnée ;

- les sources fiscales permettent d’estimer le niveau de vie de l’année précédente ;

- les enquêtes annuelles de recensement donnent le niveau de diplôme.

L’étude porte sur les femmes âgées de 15 à 50 ans et nées un 1ᵉʳ ou 4 octobre, afin de disposer dans l’EDP de l’historique des enfants qu’elles ont déjà eus et d’estimer la fécondité par rang de naissance. Les données sont mobilisées pour les années 2012 à 2017, avec les revenus perçus les années 2011 à 2016.

Seul l’EDP permet de comparer la fécondité entre différents groupes de femmes selon leur niveau de vie, leur lieu de naissance et de diplôme. Le niveau de vie dépendant du nombre d’enfants au domicile, le nombre d’enfants déjà nés est pris en compte pour analyser les différences de fécondité selon le niveau de vie. Les indicateurs retenus ici diffèrent donc de ceux habituellement utilisés dans les bilans démographiques [Papon, Beaumel, 2020], qui sont calculés uniquement à partir des taux de fécondité par âge. Ils diffèrent également par les sources utilisées (données exhaustives d’état civil pour les bilans démographiques, données intégrées à l’EDP pour cette étude). Pour la période 2012-2017, la fécondité mesurée à partir des seuls taux de fécondité par âge s’établit en France métropolitaine à 1,94 enfant par femme, contre 1,78 pour les estimations avec l’EDP. L’infécondité est sans doute surestimée dans l’étude, mais les conclusions sont qualitativement inchangées lorsque les indicateurs issus de l’EDP sont recalés sur ceux issus du bilan démographique [Reynaud, à paraître].

Définitions


Le niveau de vie est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). Le niveau de vie est donc le même pour tous les individus d’un même ménage.


Le revenu disponible d’un ménage comprend les revenus d’activité (nets des cotisations sociales), les revenus du patrimoine, les transferts en provenance d’autres ménages et les prestations sociales (y compris les pensions de retraite et les indemnités de chômage), nets des impôts directs.


Les unités de consommation sont généralement calculées selon l’échelle d’équivalence dite de l’OCDE modifiée qui attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 UC aux autres personnes de 14 ans ou plus et 0,3 UC aux enfants de moins de 14 ans.


La fécondité (ICFRA – indicateur conjoncturel de fécondité tenant compte du rang et de l’âge ; âge moyen) est mesurée ici à partir des probabilités d’agrandissement par âge observées une année donnée pour chaque rang de naissance : c’est-à-dire la probabilité d’avoir un premier enfant à un âge donné parmi les femmes sans enfant à cet âge, probabilité d’avoir un deuxième enfant parmi celles en ayant déjà un, etc. [Levy, 1986]. En combinant ces probabilités, on obtient le nombre moyen d’enfants d’une génération fictive de femmes qui auraient, tout au long de leur vie féconde, la fécondité par âge et rang de naissance observée cette année-là. La descendance ainsi estimée est répartie par nombre d’enfants : combien de femmes n’auraient pas d’enfant au cours de leur vie, en auraient un seul, deux, etc.


Si l’on ordonne la distribution des niveaux de vie des femmes de 15 à 50 ans, les déciles sont les valeurs qui partagent cette distribution en 10 sous-populations d’effectifs égaux. Par exemple, le premier décile est le niveau de vie au-dessous duquel se situent 10 % des individus. Afin de prendre en compte la plus ou moins grande proximité des déciles de niveaux de vie, la moyenne des niveaux de vie de chaque groupe a été calculée. Les quintiles de niveaux de vie regroupent chacun 20 % des individus. Pour chaque sous-groupe de femmes caractérisées par leur lieu de naissance ou leur diplôme, les quintiles séparent le sous-groupe en cinq parties de même effectif.

Pour en savoir plus

Des données complémentaires sont disponibles en téléchargement avec cette publication.

Reynaud D., « La fécondité par niveau de vie - Méthodes et principaux résultats », Documents de travail, Insee, à paraître.

Papon S., Beaumel C., « Bilan démographique 2019 », Insee Première n° 1789, janvier 2020.

Volant S., Pison G., Héran F., « La France a la plus forte fécondité d’Europe. Est-ce dû aux immigrées ? », Population et Sociétés n° 568, Ined, juillet/août 2019.

Daguet F., « En 2016, les femmes cadres ont un peu moins d’enfants que les employées », Insee Première n° 1769, août 2019.

Blanpain N., « L’espérance de vie par niveau de vie », Insee Première n° 1687, février 2018.

Volant S., « Un premier enfant à 28,5 ans en 2015 : 4,5 ans plus tard qu’en 1974 », Insee Première n° 1642, mars 2017.

Blanpain N., Lincot L., « Avoir trois enfants ou plus à la maison », Insee Première n° 1531, janvier 2015.

Costemalle V., « Parcours conjugaux et familiaux des hommes et des femmes selon les générations et les milieux sociaux », in Couples et Familles, coll. « Insee Références », édition 2015.

Masson L., « Avez-vous eu des enfants ? Si oui, combien ? », in France, portrait social, coll. « Insee Références », édition 2013.

Pison G., « Les maternités précoces en recul dans le monde », Population et Sociétés n° 490, Ined, juin 2012.

Eudeline J.-F. et al., « L’effet d’une naissance sur le niveau de vie du ménage », in Les revenus et le patrimoine des ménages, coll. « Insee Références », édition 2011.

Davie E., Mazuy M., « Fécondité et niveau d’études des femmes en France à partir des enquêtes annuelles de recensement », Population vol. 65 n° 3, 2010.

Héran F., Pison G., « Deux enfants par femme dans la France de 2006 : la faute aux immigrées ? », Population et Sociétés n° 432, Ined, mars 2007.

Toulemon L., « La fécondité des immigrées : nouvelles données, nouvelle approche », Population et Sociétés n° 400, Ined, avril 2004.

Levy M.-L., « Rang des enfants, taille des familles et probabilité d’agrandissement », Population et Sociétés n° 206, Ined, octobre 1986.