Insee Flash GuyaneTrois aires d'attraction peu étendues autour de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni

Marcelle Jeanne-Rose (Insee)

L’aire d’attraction d’une ville traduit l’étendue de son influence sur les communes environnantes. En Guyane, trois aires d’attraction des villes ont été définies. Celle de Cayenne est la plus importante en termes de nombre d’emplois. À Kourou et à Saint-Laurent-du-Maroni, les aires d’attraction sont de taille plus modeste. Neuf emplois sur dix sont concentrés dans ces trois aires. Par ailleurs, plus d’une commune sur deux se situe hors d’attraction d’un pôle, sur une vaste zone qui s’étend sur 85 % du territoire. Une part importante de la population vit dans ces communes isolées (22 % contre 7 % en France métropolitaine). Néanmoins, ces zones proposent peu d’emplois, et encore moins d’emplois qualifiés.

Insee Flash Guyane
No 136
Paru le : Paru le 24/02/2021
Marcelle Jeanne-Rose (Insee)
Insee Flash Guyane  No 136 - Février 2021

L’aire d’attraction de Cayenne prépondérante

En Guyane, 78 % de la population vit dans une « aire d’attraction des villes » (AAV), nettement moins qu’en Guadeloupe (94 %) et qu’en Martinique (quasiment 100 %). Dans la lignée des anciennes aires urbaines, ce nouveau zonage associe deux entités : des pôles, espaces denses en population et en emplois, et leur couronne, zone d’influence déterminée par les déplacements domicile-travail (Pour comprendre). La couronne est ainsi composée des communes dont plus de 15 % des actifs travaillent dans un pôle. Le pôle et sa couronne forment l'aire d’attraction de la ville. Celle de Cayenne concentre 52 % des habitants de Guyane sur 4 800 km² tandis que celles de Saint-Laurent-du-Maroni et de Kourou regroupent un quart de la population guyanaise (figure 1).

La zone d’influence de Cayenne est peu étendue. Elle englobe six communes étalées sur 6 % du territoire. Cayenne, le pôle, abrite 44 % de la population de l’aire. Les cinq communes qui composent sa couronne, Macouria, Matoury, Rémire-Montjoly, Roura et Montsinéry-Tonnegrande, comptent 77 650 habitants. Les deux autres AAV s’étendent sur 9 % du territoire. La commune de Saint-Laurent-du-Maroni constitue à elle seule une aire et s’étale sur 4 280 km² : la plupart des salariés qui y travaillent y vivent également. Deux communes composent l’AAV de Kourou : Kourou, le pôle, et Sinnamary, sa couronne.

En Guyane, 22 % de la population vit dans une commune hors influence des pôles, contre 7 % au niveau national. L’immensité de la région, qui s’étend sur 85 % du territoire, couplée à des moyens de transport peu développés limitent les déplacements entre le domicile et le lieu de travail, particulièrement à l’intérieur des terres.

Hors d’attraction des pôles, une forte croissance démographique des communes de l’ouest

Entre 2007 et 2017, la population a augmenté en moyenne de 2,3 % par an. La population de l’aire de Cayenne s’est accrue de 2 %, avec une hausse plus marquée dans la couronne (+ 3,3 %). La commune de Saint-Laurent-du-Maroni connaît une vitalité démographique (+ 2,2 % par an entre 2007 et 2017) tandis que la population reste stable dans l’aire de Kourou (- 0,1 %).

La hausse démographique est très forte dans les communes situées hors attraction des pôles. En dix ans, la population y progresse de 5,1 % en moyenne par an. C’est l’une des conséquences d’une importante immigration dans ces communes, notamment une immigration illégale par la frontière avec le Suriname et le Brésil.

Seulement 11 % des emplois dans les communes hors d’attraction des villes

Les emplois sont concentrés dans les trois aires : 89 % y sont localisés dont près de la moitié dans les pôles. Ainsi, seulement 11 % des emplois sont présents dans les communes hors attraction des pôles, une part deux fois moindre que celle du nombre d’habitants. Entre les aires et au sein des aires, la répartition est très déséquilibrée. Sur les 68 450 emplois, 27 630 sont localisés à Cayenne, 6 980 à Saint-Laurent-du-Maroni et 8 750 à Kourou.

Cayenne propose 147 emplois pour 100 actifs occupés résidents. À l’inverse, la couronne, davantage à vocation résidentielle, n’offre que 65 emplois pour 100 actifs occupés. Cette forte concentration d’emplois vers Cayenne traduit de nombreux déplacements entre le domicile et le lieu de travail qui saturent d’année en année le réseau routier autour de la ville de Cayenne. En effet, la voiture reste le moyen de déplacement privilégié sur le territoire guyanais.

Le phénomène de concentration des emplois est moins marqué dans l’aire d’attraction de Kourou. En effet, Kourou propose 108 emplois pour 100 actifs occupés. Sa couronne offre quant à elle 65 pour 100 actifs occupés. Enfin, l’aire de Saint-Laurent-du-Maroni offre 103 emplois pour 100 actifs occupés résidents.

Dans les communes hors attraction des pôles, les habitants travaillent et habitent dans la même zone. Ces communes sont en dehors de l’influence des pôles en raison de leur éloignement : il faut souvent s’y rendre en avion ou pirogue. Il est donc difficile, voire impossible, de travailler en dehors de la commune. De fait, une grande partie des emplois se situe à proximité du domicile, et pour beaucoup, dans la fonction publique.

Les grands logements sont situés dans les couronnes

La maison individuelle est le type d’habitat le plus répandu sur le territoire guyanais (60 % des logements). La moitié des ménages logent dans des maisons individuelles dans l’aire de Cayenne. Cette proportion s’élève à seulement un tiers à Cayenne contre 71 % dans sa couronne. La différence est moins marquée dans l’aire de Kourou : 60 % des ménages habitent en maison individuelle dans le pôle contre 85 % dans la couronne. A Saint-Laurent-du-Maroni, cette part est de 78 %. Dans les communes hors attraction des villes, rurales, 92 % des ménages logent dans des maisons individuelles. L’habitat est plus dispersé dans ces zones excentrées et étendues. Le logement collectif est peu ou pas développé.

Dans l’aire de Cayenne, la moitié des habitants sont propriétaires dans la couronne contre un quart dans le pôle (figure 2). Les logements sont aussi plus petits à Cayenne (moins de la moitié des logements ont une superficie de plus de 60 m² contre les trois quarts dans la couronne). Aussi, à Cayenne, 13 % des logements ont une superficie inférieure à 30 m². Un tiers des habitants sont propriétaires dans l’aire de Kourou et 42 % à Saint-Laurent-du-Maroni. La part des propriétaires dans les communes hors attraction est élevée (72 %). Néanmoins, dans ces communes, 18 % des logements font moins de 30 m² et seulement 43 % dépassent 60 m².

Hors attraction des villes, seulement 1 % des 15 ans et plus sont des cadres

La proportion de cadres est plus importante dans les aires d’attraction de Cayenne (plus de 7 % des 15 ans et plus) et de Kourou (6 %). Même si l’aire de Kourou n’a ni le poids démographique, ni le poids politique de Cayenne, elle se distingue malgré tout par son économie. En effet, elle abrite le Centre Spatial Guyanais et attire donc du personnel qualifié. Par ailleurs, les cadres représentent seulement 1 % des 15 ans et plus dans les communes situées hors attraction des villes.

Les aires de Cayenne et de Kourou affichent la même part de professions intermédiaires, un peu plus de 13 %. Les employés sont nombreux dans les AAV de Kourou (20 %) et de Cayenne (18 %). La couronne de Kourou détient le plus fort taux d’ouvriers du territoire. La part des retraités est élevée dans l’aire de Cayenne (10 % des habitants de 15 ans et plus) et dans la couronne de Kourou (11 %).

Figure 1Trois aires d’attraction des villes peu étendues sur le territoire guyanaisAires d'attraction des villes de Guyane

  • Source : Insee, recensement de la population 2017.

Figure 2Deux fois moins de propriétaires à Cayenne que dans sa couronneConditions de logement des ménages selon la catégorie des communes dans le zonage en aires d'attraction des villes

en %
Deux fois moins de propriétaires à Cayenne que dans sa couronne (en %) - Note de lecture : à Saint-Laurent-du-Maroni, 55 % des ménages vivent dans un logement de plus de 60 mètres carrés.
Logements de 60 m² ou plus Part des propriétaires
Communes pôle : Cayenne 48,1 24,2
Couronne de Cayenne 72,9 49,8
Saint-Laurent-du-Maroni 55,2 42,0
Communes pôle : Kourou 62,7 35,6
Couronne de Kourou 71,7 34,5
Communes hors AAV 43,5 72,4
  • Note de lecture : à Saint-Laurent-du-Maroni, 55 % des ménages vivent dans un logement de plus de 60 mètres carrés.
  • Source : Insee, recensement de la population 2017.

Figure 2Deux fois moins de propriétaires à Cayenne que dans sa couronneConditions de logement des ménages selon la catégorie des communes dans le zonage en aires d'attraction des villes

  • Note de lecture : à Saint-Laurent-du-Maroni, 55 % des ménages vivent dans un logement de plus de 60 mètres carrés.
  • Source : Insee, recensement de la population 2017.

Pour comprendre

Le zonage en aires d’attraction des villes (ZAAV) 2020 se substitue au zonage en aires urbaines (ZAU). L’aire d’attraction d’une ville définit l’étendue de son influence sur les communes environnantes, mesurée par les déplacements domicile-travail. Une aire est composée d’un pôle, défini à partir de critères de population et d’emploi, et d’une couronne constituée des communes dont au moins 15 % des actifs travaillent dans le pôle. Au sein du pôle, la commune la plus peuplée est appelée la commune-centre.

Cette approche fonctionnelle de la ville permet d’étudier les disparités territoriales selon deux dimensions : la taille de l’aire et la distinction entre centre et périphérie. Les aires d’attraction des villes sont des entités économiques cohérentes : une politique publique ciblée sur un pôle pourra avoir des conséquences sur l’ensemble de son aire d’attraction.

La définition des aires d’attraction des villes est cohérente avec les concepts européens et internationaux. Ainsi, la majorité des plus grandes aires coïncident avec les « cities » et « aires urbaines fonctionnelles » utilisées par Eurostat et l’OCDE pour analyser les structures urbaines. Le zonage en aires d’attraction des villes facilite ainsi les comparaisons internationales et permet de visualiser l’influence en France des villes étrangères.

Pour en savoir plus

Pégaz-Blanc O., De Bellefon M.-P., Audenaert D., « Aires d'attraction des villes : plus de 15-29 ans et de cadres dans les pôles et dans les grandes aires », Insee Première n° 1827, novembre 2020

De Bellefon M-P., Eusebio P., Forest J., Pégaz-Blanc O., Warnod R., « En France, neuf personnes sur dix vivent dans l’aire d’attraction d’une ville », Insee Focus n° 211, octobre 2020

Chanteur B., « Un marché du travail tourné vers la construction et les fonctions administratives », Insee Flash Guyane n° 129, septembre 2020